Carole Christen, maître de conférences en histoire contemporaine et membre de l’Institut de Recherches Historiques du Septentrion depuis 2008, a été nommée membre junior de l’Institut Universitaire de France au titre de la promotion 2012. Ses recherches ont trait à l’histoire sociale et économique, et à l’éducation populaire en France au XIXe siècle.

À l’origine des Caisses d’épargne : une association philanthropique ?

Quel était le but des fondateurs des Caisses d’épargne en France, en 1818 ? C’est à cette question que s’est attachée Carole Christen, forte d’un double cursus en histoire et en mathématiques appliquées, dans la thèse qu’elle a soutenue en 2003 sous la direction d’André Gueslin.

Lithographie de Jules David, 1835.
« Dis donc, maman quand j’aurai six francs tu les porteras à la Caisse d’épargne ».
© Cabinet des Estampes, BNF.

Publiée en 2004 sous le titre : Histoire sociale et culturelle des Caisses d’épargne en France, 1818-1881, (éd. Economica), cette histoire des Caisses d’épargne revient sur l’origine inattendue de l’institution : une origine liée, en pleine révolution industrielle, à la naissance d’une société libérale et à la volonté d’acculturer la classe ouvrière aux valeurs bourgeoises de l’épargne, de l’apprentissage monétaire ou autre prévoyance. Dans son ouvrage, Carole Christen retrace l’échec du projet philanthropique, au service des « personnes pauvres et industrieuses », et le succès financier qui s’ensuivit avec l’accès des classes moyennes, voire aisées, à l’institution. Elle y décrit également la montée d’un nouveau type de pauvreté : le paupérisme.

L’éducation populaire en question

La clé d’argent, vers 1837, par Dembour.
© Médiathèque de Metz.

L’historienne se penche aujourd’hui sur l’éducation industrielle et sur les savoirs enseignés aux ouvriers entre 1815 et 1870, en s’interrogeant notamment sur les motivations des polytechniciens à former la classe ouvrière. Et si l’argument économique s’impose rapidement, lorsque l’on songe au contenu technique des cours dispensés (dessin, arts appliqués, géométrie, …) et à la nécessité de faire face à la concurrence étrangère grandissante, comment interpréter les leçons morales sur l’épargne, la famille ou encore  le travail qui précédaient chacun des cours ? Moralisation de la classe ouvrière ? Émancipation citoyenne ? Comment passe-t-on de leçons s’adressant à l’élite ouvrière, dans le cadre du Conservatoire national des arts et métiers, à des cours d’alphabétisation, puis à des leçons délivrées par et pour les ouvriers, en dehors de la sphère professionnelle ? À la fin de la Restauration, c’est plus d’une centaine de cours pour adultes qui sont fondés à travers la France.

C’est sur cette nébuleuse de savoirs enseignés aux ouvriers, et sur la question d’une formation professionnelle avant même l’instauration de l’école obligatoire, que Carole Christen a été nommée membre de l’Institut Universitaire de France. Un statut qui lui permettra notamment de sillonner la cinquantaine de dépôts d’archives indispensables pour étudier le contenu de ces leçons à l’échelle nationale, et d’organiser une journée d’étude à Lille 3 à l’automne 2013 sur « L’éducation industrielle aux XVIIIe et XIXe siècles ».

Et aussi, en bref :

Carole Christen est membre du comité d’administration de la Société d’histoire de la Révolution de 1848 et des Révolutions du XIXe siècle, membre du comité de rédaction de la revue Histoire du XIXe siècle et de la revue électronique Territoires contemporains. Depuis janvier 2010, elle est également chargée de conférences à l’Institut de Sciences politiques de Paris.

Elle publiera prochainement, avec Jean-Luc Chappey et Igor Moullier : Observer, normaliser et réformer la société du premier XIXe siècle. Joseph-Marie de Gérando (1772-1842) au carrefour des savoirs [Actes du colloque des 31 mai et 1er juin 2012], aux Presses Universitaires de Rennes, dans la collection Carnot. C’est dans cette même collection qu’a été publié en 2009, sous sa direction et celle de François Vatin : Charles Dupin (1784-1873) : ingénieur, savant, économiste, pédagogue et parlementaire, du Premier au Seconde Empire [Actes du colloque des 25-26 octobre 2007].

Carole Christen sur le site de l’IUF et sur l’IRHiS