« Quand on voyage vers un objectif, il est très important de prêter attention au chemin.
C’est toujours le chemin qui nous enseigne la meilleure façon d’y parvenir, et il nous enrichit à mesure que nous le parcourons ».

Paolo Coelho, Le Pèlerin de Compostelle, Édition de Poche, 1998

 

Angela Di Pastena est doctorante en psychologie au laboratoire PSITEC, équipe d’accueil de l’université Lille 3 dont les travaux sont axés sur une approche expérimentale des interactions entre Temps, Émotions et Cognition, ceci dans les domaines de la Santé, de l’Éducation, du Handicap et des Relations Inter-Groupes.

Son parcours ?

Angela Di Pastena a débuté ses études en médecine à l’université Lille 2, et s’est finalement tournée vers la psychologie (voir ci-dessous). Après des études de Psychologie jusqu’au Master 1 à Lille 3, elle décide de réaliser un Master 2 Recherche National à Toulouse III (mention biologie et santé), cohabilité également par les universités de Grenoble II et Lyon II. Ses activités de recherche l’ont de nouveau conduite à Lille 3, où elle a réalisé un deuxième Master Recherche en Psychologie, ce qui lui a également permis de valider le titre de Psychologue en juillet 2009.
Elle a ensuite exercé en tant que Psychologue à l’Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD) « Les Hauts d’Amandi » à Fâches Thumesnil, tout en poursuivant des activités de recherche. Ces activités de recherche, menées avec ses futures directrices de thèse spécialisées en Psychologie Sociale, lui ont permis d’élaborer un projet de thèse et de le soumettre à un contrat doctoral.

Sa thèse ?

Sa thèse(1), débutée en octobre 2010, porte sur : « La communication verbale et non verbale dans la maladie d’Alzheimer ». L’objectif de cette thèse est d’enrichir les études portant sur l’articulation des registres verbaux et non verbaux en prenant compte de l’interaction interpersonnelle dans laquelle elle prend place (patient, famille, soignant). Les résultats de la thèse pourront servir à l’élaboration d’un programme de formation, basé sur la compréhension de la pathologie et de ses conséquences sur les interactions sociales et destiné à l’ensemble de l’entourage (proches, aidants et soignants). Le terrain d’investigation de la thèse est l’EHPAD « Les Hauts d’Amandi », avec lequel Angela Di Pastena est restée en contact.

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Comment avez-vous décidé de vous orienter vers la psychologie ?

Il ne s’agissait pas de mon premier choix. J’ai en effet débuté mes études en médecine. Puis, une rencontre avec Martin Winckler, médecin engagé et écrivain, lors d’une conférence, m’a permis de prendre conscience que le soin ne passait pas que par la médecine, et que l’on pouvait soigner autrement.
Je me suis alors intéressée aux différents métiers traitant de la question du soin au sens large. J’ai alors découvert la psychologie, et surtout qu’il s’agissait d’une discipline “scientifique” (avec des enseignements de biologie, statistiques neurosciences, etc.) !
Aujourd’hui, je ne regrette vraiment pas ce choix. La psychologie a répondu à toutes mes attentes : une discipline scientifique qui s’intéresse à l’homme dans son ensemble, qui ne vous est pas enseignée comme une vérité immuable, mais bien comme une remise en question permanente de nos connaissances et de nos pratiques. Ma spécialité, la neuropsychologie du vieillissement, m’a amenée à mettre en place un véritable accompagnement jusqu’à la fin de vie, ce qui à mon sens représente le soin au sens le plus noble du terme. Le lien avec la personne âgée est vraiment stimulant et réciproque, je ne transmets pas un savoir de façon unilatérale en tant que Psychologue spécialisée en Neuropsychologie, mais les personnes âgées me transmettent, à leur tour, toute leur expérience de vie.

Comment vivez-vous votre doctorat au quotidien ?

J’ai un contrat doctoral (anciennement allocation ministérielle). Ce dispositif m’apporte une sérénité financière et me permet de m’impliquer entièrement dans mon parcours doctoral.
Ce contrat me donne aussi la chance de dispenser des cours, et également de m’impliquer dans l’association “Espace Doctorants” – Association des doctorants en Sciences Humaines et Sociales de l’université Lille Nord-de-France. Je suis également membre élue (liste apartisane « Pour une recherche de qualité ») au conseil scientifique de l’université Lille 3. Ce mandat me permet de mieux maîtriser mon environnement de travail, mais surtout de porter politiquement la voix des doctorants.

Vous êtes présidente de l’association “Espace doctorants” depuis avril 2011. Pouvez- vous nous parler des objectifs de cette association ?

L’association a été créée en mars 2009, avec pour premier objectif de faire se rencontrer les doctorants de toutes disciplines.
Les missions d’Espace Doctorants sont à la fois d’accompagner, en fédérant les doctorants SHS et en les informant sur leur parcours doctoral ; d’échanger, en favorisant les échanges scientifiques transdisciplinaires et en développant des échanges avec des associations ayant des buts similaires, mais surtout de valoriser, en faisant mieux (re)connaître les compétences du doctorant et du jeune docteur en SHS afin de favoriser leur insertion professionnelle, que ce soit au sein ou en dehors de l’Université.
L’association est fortement soutenue par l’École Doctorale depuis la naissance de l’association (mise à disposition d’un bureau situé à la maison de la recherche), qui l’associe par ailleurs de plus en plus à la mise en place d’actions communes : ateliers « Méthodologie de la thèse » pour aider doctorants étrangers à comprendre ce qu’est une thèse en France, Tables rondes sur l’insertion professionnelle des jeunes chercheurs en SHS, etc.

L’insertion professionnelle des docteurs en SHS est problématique, et l’on s’interroge souvent sur les compétences “transférables” de ces derniers. Qu’est-ce qui explique selon vous cette image, et quel chemin reste-t-il encore à faire pour la briser ?

Les doctorants, et plus particulièrement les docteurs, souffrent d’une méconnaissance de l’université en SHS. On leur reproche de s’ultraspécialiser sur des thématiques qui ne sont pas “porteuses” et de fuir la problématique de l’insertion professionnelle.
Le fait que le contrat doctoral soit désormais reconnu comme une première expérience professionnelle a néanmoins fait évoluer les mentalités et l’on hésite moins à parler de “poursuite de carrière”. De plus, la question de l’insertion professionnelle ne se pense plus que par rapport au seul périmètre de l’entreprise. Le spectre est désormais plus large ce qui est beaucoup plus simple pour les docteurs en SHS, dont les compétences sont de plus en plus sollicitées dans d’autres sphères socio-économiques (associations, collectivités territoriales, etc.).
Du chemin reste évidemment à parcourir pour valoriser ces compétences. Même si les actions de valorisation tendent à se multiplier (Participation d’Espace Doctorants au Salon créer en septembre 2012, et à différents évènements organisés par la CCI, mais aussi l’existence d’autres initiatives comme Les Doctoriales, le NCT… ), il manque encore beaucoup d’outils pour renforcer cette visibilité. Par exemple, nous travaillons conjointement avec l’École Doctorale et d’autres acteurs universitaires sur la mise en place d’un référentiel de compétences.

Et justement, selon vous, quelles sont vos compétences ?

D’un point de vue scientifique, je dirais une capacité de synthèse et d’analyse, un esprit critique, une capacité à transmettre des connaissances, mais ce qui me plaît surtout c’est de susciter la réflexion chez les étudiants. Mais, aujourd’hui, je suis surtout sollicitée par les partenaires (hors académie) pour mon expertise technique sur la question de la maladie d’Alzheimer, sur ma capacité de management d’équipe et de projet et sur ma connaissance du fonctionnement de l’université.
En réalité, l’expérience doctorale m’a permis de révéler certaines compétences que je n’aurais pu acquérir sans elle.

Comment voyez-vous votre avenir, et surtout, quels sont vos projets ?

Repartir sur le terrain pour mettre à profit ce que j’ai acquis pendant ma thèse et continuer à me former, notamment au métier de directeur d’établissement de personnes âgées.
L’idée serait, à terme, de créer ma propre entreprise. Une multitude de thématiques restent en effet à améliorer dans l’activité de ce secteur médical, et je suis persuadée que conserver un lien avec le monde de la recherche universitaire me permettra de contribuer à ces avancées.

Comment vous sentez-vous à quelques mois de la fin de votre thèse ?

Tout s’accélère… La période est à la fois stressante et stimulante. Ma thèse va se boucler, j’aimerais soutenir au 1er trimestre 2014 et les opportunités d’embauche commencent à se multiplier. J’ai à la fois hâte de bien terminer ma thèse, mais aussi hâte de mettre à profit mes acquis pour mener mon projet.

Un souvenir de Lille 3 ?

Il est difficile de s’arrêter à un souvenir… L’université est un lieu de vie riche en émotions et en rencontres, que je n’aurais pas pu vivre si je n’avais pas fait ma thèse.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Une réussite professionnelle, axée sur la complémentarité entre les besoins du terrain et les compétences scientifiques universitaires.

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(1) Encadrement par Françoise Askevis-Leherpeux, professeure en psychologie sociale expérimentale des relations intergroupes, et Loris Schiaratura, maître de conférences en psychologie sociale.

Le 15 février prochain, venez assister au colloque organisé à la Faculté des Sciences Juridiques, Politiques et de Gestion (1 place Déliot, 59000 LILLE) : « Les jeunes chercheurs en SHS et l’entreprise: des ambitions partagées ». En savoir +