Annie Risler est Maître de conférences en Sciences du langage et membre du laboratoire « Savoirs, Textes, Langage » (STL). Son domaine de spécialité porte sur la linguistique des langues signées. Elle coordonne le module Langue des Signes Française de la licence Sciences du langage ainsi que le master Interprétariat LSF – Français à l’UFR Humanité.

La Langue des Signes Française est très fréquemment assimilée au handicap. Certes, travailler sur la LSF c’est travailler, quelque part, sur le handicap. Mais pour les sourds, c’est beaucoup plus compliqué que cela. Le rapport entre surdité et handicap est particulier.

Les sourds sont très différents les uns des autres. On ne peut pas comparer un sourd de naissance, qui a grandi sans entendre, avec un malentendant ou une personne devenue sourde, pour lesquels la problématique communicationnelle se pose très différemment. Il y a en France 6 millions de personnes ayant un problème d’audition. Les sourds concernés par la LSF représentent parmi eux 200 000 à 300 000 personnes.

Les sourds revendiquent une ‘culture sourde » »

Pour eux, c’est toujours un problème d’être considérés comme handicapés car ils revendiquent très fortement une « culture sourde ». La LSF, qui est leur langue naturelle, est un des éléments essentiels leur permettant de penser et d’acquérir des connaissances. Bernard Mottez parlait de handicap partagé. Entendons par là que la surdité ne génère finalement qu’un problème de communication entre sourds et entendants… Alors qu’aujourd’hui encore, la réponse de la société à la surdité ne prend pas en compte cette culture. On éduque toujours les enfants sourds avec l’idée de leur apprendre à parler vocalement pour réparer la surdité.

Parallèlement à cela, la langue des signes peut donner lieu à une ouverture sur le monde du handicap, sans rapport avec la surdité, mais du fait qu’elle se parle sans vocaliser, avec des gestes. Je pense à un institut médico-éducatif qui m’a sollicitée pour savoir si la langue des signes pouvait être utile à des enfants qui ne sont pas sourds, mais déficients intellectuels, sans langage. L’expérience a d’ailleurs été très concluante.

Ce qui me semble très important, c’est de ne pas considérer la langue des signes comme un langue à part, différente. La langue des signes est une langue au même titre que les autres. Ce n’est pas un arrangement entre quelques individus. Mon objectif, en tant que chercheur, est de contribuer à l’insertion de la LSF dans le champ de la linguistique en général.

Les étudiants qui sortent de notre master, une quinzaine par an, sont interprètes. Il y a aujourd’hui en France 350 interprètes Langue des signes française / français, ce qui est peu par rapport à la demande. C’est ce qui explique qu’ils n’ont aucun mal à trouver un emploi. Les étudiants qui s’arrêtent à la licence se dirigent en général vers l’enseignement, l’éducation spécialisée ou l’orthophonie.

Pour moi, le grand enjeu de la recherche est l’autonomie des personnes utilisant une langue signée. Autonomie engendrée par les nouvelles technologies, les choix de société et d’éducation par rapport à cette population.