Séverine Casalis est Professeur de Psychologie cognitive à Lille 3 et membre de l’Unité de Recherches en Sciences Cognitives et Affectives (URECA) où elle dirige l’équipe « Psychologie du langage, acquisition et dysfonctionnement ». Ses recherches portent notamment sur l’apprentissage de la lecture et ses difficultés. Elle a récemment intégré des axes de recherche concernant l’apprentissage de la langue seconde et les troubles du langage oral.

Mes travaux dans le domaine du handicap concernent tout d’abord la dyslexie et les troubles du langage oral. Concernant la dyslexie, je m’intéresse essentiellement à la manière dont les dyslexiques traitent l’information écrite, compte tenu de leurs difficultés. Pour ce qui est des troubles du langage oral, je mène des recherches sur la façon dont les enfants qui en souffrent apprennent à lire. Je m’intéresse également au développement d’outils permettant d’étudier précisément le codage mnésique chez ces enfants qui ne parlent que très peu, ainsi qu’à l’impact du bilinguisme. Je développe par ailleurs avec Bruno Facon, spécialiste de la déficience intellectuelle, un travail de réflexion sur les conséquences de la lecture sur le développement cognitif d’enfants présentant une déficience intellectuelle. Je mène aussi, au niveau de Lille 3, un projet qui concerne les troubles d’apprentissage. Les dyslexiques qui arrivent à l’université ont surmonté de nombreux obstacles. Pour beaucoup, il peut être tentant d’oublier cette étiquette qui a pu marquer leur scolarité. Pourtant, ils peuvent bénéficier d’un tiers temps et de conseils appropriés pour suivre leurs études dans les meilleures conditions possibles. Par ailleurs, les tests dont nous disposons chez les adultes sont à la fois peu nombreux et relativement peu adaptés à une population bien avancée au plan académique. Il s’agit donc de pouvoir affiner les outils d’analyse des stratégies mises en place par les étudiants dyslexiques et de proposer un conseil adapté.
L’apport des SHS au domaine du handicap ? Les SHS permettent de mieux comprendre comment l’individu s’adapte à son environnement. La psychologie cherche à comprendre, entre autres, comment l’individu perçoit, apprend, mémorise, etc. Elle permet donc de proposer des adaptations aux situations quotidiennes. En replaçant la personne handicapée dans des situations contextualisées, les SHS permettent d’apporter une aide aux handicapés centrée sur les besoins de la personne en situation et non pas uniquement reliée au handicap. Quant à l’apport de la psychologie cognitive au domaine du handicap, il va concerner différemment les handicaps selon qu’ils touchent la sphère cognitive et sensorielle ou la sphère motrice. En mettant en évidence les « points faibles » mais aussi les « points forts », la psychologie peut proposer des aides très précises, concernant tant la rééducation que la mise en place de stratégies compensatoires pour les déficits cognitifs ou sensoriels. Et pour ce qui est de l’enjeu des SHS dans les prochaines décennies, il demeure toujours l’intégration des handicapés. La technologie fait d’importants progrès, mais la question est de savoir comment utiliser ces aides technologiques. Avec les progrès techniques, les questions d’éthique vont devenir de plus en plus pointues.