Ils sont nombreux dans le monde de la formation professionnelle ceux qui peuvent témoigner des qualités humaines, de l’expérience, de la clairvoyance, de l’esprit d’innovation, du désintéressement de Vincent Merle décédé brutalement le 23 avril 2013. Ceux qui l’ont entendu, lors des trois derniers mois, à l’occasion des nombreuses invitations qu’il avait reçues pour célébrer les dix ans de la Validation des Acquis de l’expérience (VAE)  garderont sans doute le souvenir d’un homme modeste, discret mais solide dans ses convictions.

Il nous avait rendu visite à Lille les 2 et 3 avril, à l’occasion de deux journées de séminaires organisées à l’Université Lille 3.
Le 2 avril, il nous avait fait le plaisir et l’honneur d’une conférence dialoguée avec Jacques Aubret.

Un rôle majeur dans la Validation des acquis

La validation des acquis en France est une expérience de plus de vingt ans à laquelle Vincent Merle a apporté une contribution majeure et reconnue à travers les différentes responsabilités qu’il a pu exercer au sein d’organismes publics et privés : à la direction des études de l’ANPE, au Commissariat général au plan, au Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq), au Centre d’études de l’emploi, au cabinet de conseil Bernard Brunhes, à la direction des ressources humaines de Veolia enfin comme Professeur au Conservatoire des Arts et Métiers , titulaire de la chaire « Travail, emploi et acquisitions professionnelles », et responsable de l’équipe « Métiers de la formation ».

C’est comme Directeur du  cabinet de Nicole Pery, secrétaire d’Etat aux droits des femmes et à la formation professionnelle au sein du gouvernement de Lionel Jospin, de 1998 à 2002, que son action en faveur de la validation des acquis de l’expérience a été décisive. Il a su, en effet, capitaliser les acquis de la formation professionnelle et faire un diagnostic précis des atouts et des faiblesses du système français  et s’engager dans le dialogue politique pour préparer la loi dite de “ modernisation sociale ” du 17 janvier 2002 laquelle comporte, en ce qui concerne la validation des acquis de l’expérience deux aspects majeurs :

  • création du droit de pouvoir acquérir par validation de l’expérience professionnelle tout ou partie d’un diplôme dans le prolongement des lois de juillet 92 sur la Validation des acquis professionnels (VAP, 92),
  • réorganisation de la fonction qualifiante garantie par l’état autour du répertoire des certifications professionnelles.

Il aura fallu toute l’expérience et l’acharnement de Vincent Merle pour faire passer dans un texte législatif l’idée que la validation des acquis de l’expérience est l’une des quatre voies ouvertes à la certification au même titre que les voies scolaires et universitaires, la formation continue, l’apprentissage.
A la suite de la promulgation de la loi, Vincent Merle a participé à la mise en place de la Commission nationale de certification professionnelle (CNCP) et du Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP).

Au cours des conférences qu’il a faites ces derniers mois et dans le contact avec ses auditeurs, Vincent Merle aura pu constater comment la Vae est entrée dans les pratiques d’orientation et de formation des adultes à tous les niveaux de formation et dans les entreprises, ses effets positifs sur ceux qui ont bénéficié de cette voie d’accès aux diplômes, la professionnalisation des accompagnateurs, l’engagement progressif des enseignants, notamment de l’enseignement supérieur.
Il aura pu constater également une relative stagnation des candidatures VAE au cours de ces dernières années et le caractère inachevé de la simplification du système de diplômes pour une meilleure lisibilité de la certification. Il en convenait volontiers. D’autres devront poursuive son combat pour la formation continue et la validation des acquis.