Franciane et Natalia à la cafétéria Ulysse

Franciane et Natalia sont arrivées à Lille en septembre 2012 pour une année de cours de Français intensifs au DEFI. Natalia est colombienne, elle a 31 ans. Avant d’arriver ici, elle exerçait comme journaliste pour El tiempo, le quotidien national le plus vendu dans le pays. Venir en France est un vieux rêve pour elle, rêve qu’elle décide de concrétiser cette année.
Franciane, elle, a 26 ans. Elle est brésilienne. Elle a également fait des études de journalisme et avant de s’envoler pour la France, elle travaillait en tant que chargée de communication, pour ce qui serait l’équivalent de notre Direction Régionale et Interdépartementale de l’Équipement et de l’Aménagement
Elles viennent toutes les deux de valider le niveau B2 du Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues au DEFI, niveau qui permet de poursuivre des études à l’université.
Elles nous racontent leur parcours.

 

Comment avez-vous décidé de venir étudier le français au DEFI ?

Natalia : Moi je rêvais depuis toujours de venir en France. J’avais étudié le français quelques mois en 2009 à l’Alliance française de Medellín, ma ville d’origine. L’année dernière, j’ai pris la décision de concrétiser ce rêve. Pour choisir l’endroit où j’allais atterrir, j’avais principalement deux critères : je voulais une ville moyenne. Pas Paris, parce que c’est hors de prix, et à Lyon il y a une communauté colombienne assez importante que je voulais éviter. Je voulais aussi être près d’une frontière pour bouger facilement. J’ai hésité entre Lille, Strasbourg et Montpellier. Le département de FLE de Montpellier était moins cher, mais je voulais une ville du nord, moins chaude (ben oui, je suis colombienne, mais je n’aime pas la chaleur…). J’ai beaucoup étudié les sites internet et je suis tombée amoureuse de Lille. Les photos de la ville ont été décisives dans mon choix.

Franciane : Moi je n’ai pas choisi : la France et Lille se sont imposées à moi. C’est l’amour qui nous guide dans la vie ! J’ai rencontré mon futur mari français en Australie où j’étais partie apprendre l’anglais, il était mon coloc… Lui n’est pas de Lille, mais il est maintenant prof de sport et a un poste à Roubaix. Mais je suis contente d’être ici, je voulais vivre dans une ville de cette taille, ni trop petite ni trop grande. Je n’avais jamais étudié le français avant d’arriver ici, mais j’ai appris très vite. Au début, je traduisais mes mails sur google pour les envoyer en français. C’est mon copain qui m’a pré-inscrite au DEFI et j’ai fait les démarches de demande de visa pour avoir le statut d’étudiante.

Comment se sont passées ces démarches administratives?

Franciane : Pour avoir un visa étudiant, on doit obligatoirement passer par Campus France au Brésil. Les démarches n’ont pas été très compliquées, mais longues et assez chères parce que j’ai dû aller dans une autre ville (en avion) où il y avait un bureau Campus France. Comme je travaillais à l’époque, j’ai dû m’absenter pour passer les entretiens obligatoires. Je ne leur ai pas raconté ma vie comme à toi. Je leur ai dit que c’était un projet d’études, que l’expérience en Australie m’avait donné envie de connaître d’autres endroits. J’ai dû justifier aussi des revenus de mes parents qui devaient s’engager à me verser au moins 500€ par mois et leur donner une réservation de billet d’avion sans savoir si j’aurais le visa.

Natalia : Pour moi ça a été la même démarche. En Colombie, c’est Campus France qui gère la mobilité étudiante aussi. J’ai commencé par faire la pré-inscription au DEFI, puis avec l’attestation de pré-inscription, je suis passée par le bureau Campus France de ma ville pour avoir les infos. L’entretien par contre se passe à Bogota à Campus France et à l’Ambassade. J’ai dû payer environ 150€ pour Campus France et 70€ pour le visa. L’entretien sert à évaluer ton projet, s’il est cohérent, et ton niveau de français aussi. Campus France donne ensuite son feu vert à l’Ambassade pour la délivrance du visa. Mais les démarches sont très bien expliquées sur le site. Ils ont un catalogue de formation très bien fait. Tu mets par exemple « Master journalisme » dans le moteur de recherche et ils te sortent tous les Masters en France, après tu n’as plus qu’à regarder le détail sur les sites des universités.
Le jour où j’ai reçu le visa, j’étais au boulot. Ma mère m’a appelée pour me le dire. J’ai poussé un cri de joie et j’ai démissionné sur le champ ! En Colombie, on n’a pas besoin de donner un préavis.

Franciane : Moi je travaillais aussi, mais j’avais prévenu mon chef, parce que c’était un de mes anciens profs qui m’avait recrutée. Au Brésil il n’y a pas de préavis de départ non plus, mais moralement, je ne pouvais pas partir comme ça.

Comment s’est passée votre arrivée à Lille ? Et la recherche de logement ?

Natalia : Moi j’ai eu la chance d’obtenir une chambre en résidence universitaire par l’intermédiaire du DEFI. Quand je suis arrivée à Lille c’était comme un rêve, j’avais l’impression de reconnaître la ville tant j’avais regardé des photos.
J’ai pris un taxi pour aller jusqu’à la résidence Triolo et j’y suis finalement restée toute cette année. Je m’y suis sentie très bien.

Franciane : Je suis restée greffée sur le Bon Coin! Mon copain m’avait donné une carte de la ville avec les quartiers sympas et ceux qu’il voulait éviter. J’étais déjà venue une fois à Lille avant, mais pas très longtemps. Il a finalement trouvé un appartement qui nous convenait dans le Vieux Lille.

Que vous a apporté cette année d’études au DEFI ?

Natalia : J’y ai rencontré mes premiers contacts en France parmi les étudiants étrangers. Ce mélange des cultures qu’on vit au DEFI est très riche quand ont est ouvert au partage. Les profs sont exigeants et ils m’ont vraiment donné confiance en moi pour parler. C’est super important. J’avais besoin d’être encouragée.
J’ai travaillé un peu aussi. On a le droit de travailler 20 heures par semaine avec le visa étudiant. J’ai gardé les enfants d’une famille d’origine espagnole qui voulait une baby-sitter hispanophone et j’ai fait des vacations au Forum des sciences comme animatrice. Pour moi, Colombienne, c’était très drôle d’animer l’exposition sur les gaulois pour les petits Français.

Franciane : C’est vrai qu’il n’y a pas que la connaissance de la langue. Il faut se lancer pour la pratiquer. Mais je pense qu’on bénéficie d’un regard positif des gens en tant que latinos. Je crois que c’est plus difficile pour les chinois par exemple.
Après cette année, j’ai retrouvé les petits boulots d’étudiant, je suis serveuse dans la cafétéria d’un complexe sportif. Ce n’est pas évident quand on a eu un vrai boulot en relation avec ses études de recommencer les petits boulots comme ça. Mais j’ai besoin quand même d’avoir mes propres revenus, même si c’est mon père qui finance encore mes études pour le moment. Mais ce n’est pas facile de tout quitter et de tout recommencer. Dans ma situation, je viens en France pour une longue période. Peut-être qu’on retournera vivre au Brésil plus tard, mais pour le moment ma vie est ici.

Qu’est-ce qui vous a le plus étonné en France ? Une petite anecdote à nous raconter sur votre vie en France ?

Franciane : Je me souviens qu’au début, j’étais dans le métro et que je voulais proposer ma place un à vieux monsieur, mais je ne savais pas comment le lui dire ! Alors je suis restée assise, je ne voulais pas mimer dans le bus ! Une autre fois, j’ai écouté quelqu’un proposer sa place et j’ai retenu comment on disait.

Natalia : Moi je suis arrivée avec le préjugé du Français désagréable, arrogant, qui n’aime pas les étrangers. Et finalement, j’ai trouvé que les gens étaient tout le temps super gentils avec moi ! Par exemple à la boulangerie, on voulait me parler en espagnol. Le boulanger m’a offert une pâtisserie avec ma baguette en signe de bienvenue.

Franciane : Je pense que c’est notre posture qui provoque ça. Les gens du nord ont la réputation d’être chaleureux, mais même à Paris j’ai rencontré des gens sympas. Moi j’ai dû apprendre à contrôler un peu mes tendances tactiles, éviter de prendre les gens dans les bras, faire la bise sans toucher les gens. Je voyais bien au début que ça surprenait… Les hommes surtout !

Quels sont vos projets pour l’année prochaine ?

Franciane : Je viens de passer un entretien pour le Master Métiers de la communication, parcours communication interne et externe à Infocom. J’attends la réponse.
Natalia : Moi j’ai postulé pour le Master Métiers de la littérature de jeunesse. J’attends aussi la réponse avant la fin du mois.