Par Adrien Quilico, Théo Duchemin et Clotilde Berne

Le 30 septembre à 16h30 se tenait, au théâtre Sébastopol,  la conférence inaugurale de rentrée de l’Université de Lille*, intitulée « Une vision européenne de l’Université de Demain », et dont l’invité d’honneur était Daniel Cohn-Bendit**.

Animée par Maryline Baumard, journaliste au « Monde », la conférence a débuté par un discours introductif de Fabienne Blaise, Présidente de l’Université Lille 3, rappelant notamment les avantages qui découleraient un rapprochement entre universités : promotion et développement de la recherche tant au niveau étatique qu’européen, simplification des procédures administratives, renforcement des pratiques sportives et culturelles, et épanouissement du programme d’échange international Erasmus… Le caractère « multi-campus » permettrait en outre d’accroître l’attractivité du territoire en matière d’enseignement et de recherche : tous les champs disciplinaires seraient couverts et les possibilités de passerelles et de réorientations seraient multipliées.

Près de 72000 étudiants (dont 10% d’internationaux) seraient concernés par ce rapprochement.

« Le maillage universitaire doit devenir un modèle »

Daniel Cohn-Bendit est ensuite intervenu, se faisant le défenseur de « l’esprit européen », présenté comme une composante indispensable du redressement et de la croissance des universités françaises.

Selon lui, si la souveraineté nationale prévaut face à la souveraineté de l’Union Européenne, plus aucun pays de l’UE ne fera partie du G8 d’ici 30 ans.

Une mise en relation universitaire au niveau européen serait une excellente mise en perspective sur les questions sensibles de notre société (par exemple : recherches sur le climat à l’heure du réchauffement planétaire).

[pullquote align= »left »]L’ouverture sur l’Europe constituera ces prochaines années pour les universités un enjeu capital[/pullquote]L’Université de demain serait donc l’instrument de la réussite européenne, et aurait pour vocation « d’informer les politiques sur l’histoire » et de montrer la possibilité de « réfléchir autrement », tout en valorisant, tant les systèmes d’enseignements, que les bienfaits de leurs futurs partenariats. «Elle (l’université de demain) se fera en pratique par la rencontre de chercheurs de différents pays, et la mise en réseau de leurs recherches et observations », ajoute Daniel Cohn-Bendit, interviewé après la conférence.

« La mutualisation ne signifie pas faire des économies »

Il paraît évident que l’ouverture sur l’Europe constituera ces prochaines années pour les universités un enjeu capital : « découpées en 1968, les universités doivent se tourner à nouveau vers la concentration pour exister à l’échelle internationale ». Fabienne Blaise n’hésite ainsi pas à rappeler l’influence que pourrait exercer une université unique à Lille, située au carrefour de la Belgique, du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de l’Allemagne. Lorsque nous la questionnons à propos de ce futur partenariat, elle paraît confiante, et exprime le souhait d’une « université moteur en région ». Certaines pistes d’amélioration se dessinent déjà : réorientations et transferts facilités, structuration commune en termes d’actions culturelles, sportives et sociales. Fabienne Blaise nous précise néanmoins que « la mutualisation ne signifie pas faire des économies », mais qu’en travaillant ensemble, les universités gagneraient une « plus-value » en terme d’énergie, qui pourrait être investie ailleurs. « Visibilité, Lisibilité et efficacité », voilà donc les maîtres mots du futur partenariat.

Pierre Mathiot, directeur de l’IEP de Lille, exprime quant à lui le souhait de faire de l’Université de Lille une « marque unique d’attractivité », pour donner aux « bons » étudiants l’envie d’aller étudier en université, et non en classes préparatoires ou dans les écoles privées. Le regroupement en un seul pôle est selon lui « plus prestigieux ». Avant de conclure, il nous offre gentiment un cours d’économie : « la fusion des universités et écoles doit se faire, et se fera par une approche « bottom-up » (ce qui signifie partir d’une base, de projets concrets, pour ensuite monter en organisation), et non « top-down » (créer une organisation sans but, et sans se soucier des bases existantes) ».

Des avis partagés sur l’Université de Lille

À la fin de la conférence, nous avons tenu à recueillir les impressions de l’auditoire ; les avis sont partagés…

Hugo, étudiant en droit à Lille 2

Qu’est ce qui t’as poussé à venir à cette conférence sur l’université européenne de demain ?
Je suis venu pour voir ce que Daniel Cohn-Bendit avait à dire sur le sujet.

Et qu’as-tu pensé de son discours et de la conférence ?
J’ai vraiment été déçu. C’est écrit : «l’Université européenne de demain », mais  le conférencier a surtout parlé de l’Europe de demain…

Personnellement qu’attends tu du projet de l’Université de Lille ?
Je n’en attendais déjà pas grand-chose avant de venir ici, alors après cette conférence je peux dire que je n’en attends plus rien !

Ghazal, étudiante en lettres modernes à Lille 3

Pourquoi es-tu venue à cette conférence sur l’université européenne de demain ?
Je suis irano-allemande, et donc le thème de l’université européenne me concerne. Je pense qu’il est important d’avoir des échanges culturels et intellectuels entre jeunes européens.

Qu’attends-tu du projet de l’Université de Lille ?
J’aimerais bien que ce projet soit vraiment ouvert aux étudiants étrangers, car actuellement les étudiants Erasmus et les autres ne se mélangent même pas au sein même des cours. Il faudrait un meilleur accueil et plus de dialogue.

Un enseignant-chercheur en mathématiques à Lille 1

Qu’avez-vous pensé de la conférence ?
Elle m’a plu dans l’ensemble, mais j’aurais aimé que Daniel Cohn-Bendit nous parle plus de l’université. Je pense que c’est dommage, parce que le thème de cette conférence était une bonne idée.

Si vous aviez pu poser une question à Daniel Cohn-Bendit, que lui demanderiez-vous ?
J’aurais voulu lui parler de sa vision plutôt optimiste de l’Europe et lui demander si elle était aussi optimiste pour les autres pays européens !

Qu’attendez-vous de l’université de demain ?
Je pense que beaucoup de licences générales n’ont pas le public qu’elles devraient avoir. Il faudrait essayer d’attirer les gens qui sont dans les classes préparatoires à l’université.

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Pour en savoir plus sur la conférence de presse de l’Université de Lille du 14 octobre :

Retrouvez également la conférence filmée et n’hésitez pas à consulter le site de l’Université de Lille !

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* Association des trois universités lilloises (Lille 1, Lille 2 et Lille 3) et des écoles (Centrale, Ensait, école de chimie, ESJ, Télécom Lille, et Sciences po).
** Daniel Cohn-Bendit est un homme politique de nationalité allemande. Dans sa jeunesse, proche des mouvements d’extrême-gauche, il fut l’une des figures majeures des contestations étudiantes liées au mouvement de mai 68. Député européen représentant le mouvement écologiste depuis juillet 1994  et co-président du groupe parlementaire des Verts/ALE depuis 2002, il a aussi adhéré au long de sa carrière à différents partis écologistes européens (Alliance 90 / Les Verts, Europe Écologie Les Verts et Parti Vert Européen). Il siège également au conseil d’administration de l’université de Nanterre. Partisan d’un fédéralisme Européen, il fait du développement de l’Europe le fer de lance de sa politique qu’il qualifie lui-même de « libérale-libertaire ». »