Depuis le 25 novembre, des étudiants se sont rassemblés autour de l’artiste mexicain Kijano (en résidence à Lille 3) pour l’accompagner lors d’une performance-atelier très conviviale.
Ce fut une expérience surréaliste et intense pour ces aficionados de la langue espagnole a priori étrangers à la pratique artistique, catapultés assistants d’un peintre à la renommée internationale.
Retour sur une aventure inattendue, à la découverte des traditions mexicaines et d’un artiste soucieux de transmettre.

 

Déborah, Pauline, Emeline, … Avec une dizaine d’autres étudiants vous venez de passer deux semaines aux côtés de l’artiste peintre mexicain Kijano.
Comment s’est constitué votre petit groupe ? En quelles formations êtes-vous ?

DEBORAH – Un noyau dur s’est formé autour d’un premier atelier de confections de têtes de morts mexicaines en papier mâché : les calaveras. Ce rendez-vous hebdomadaire proposé par Action Culture en langue espagnole, et animé par Ana Rodriguez, nous a permis de mieux découvrir les traditions de « Jour des morts » au Mexique, et surtout d’appréhender les travaux de Kijano.

PAULINE – Je suis avec Déborah en L3 « Culture et médias ». Personnellement j’ai une affinité marquée pour l’espagnol et les cultures latines, et c’était l’occasion rêvée de satisfaire cette passion. Les participants à l’atelier venaient d’horizons très différents, attirés avant tout par le folklore mexicain et la pratique de la langue.

EMELINE – En Master Recherche en espagnol, j’ai profité de cette une échappée artistique pour bousculer le quotidien de mes cours. Nous avons réalisé chacun une petite calaveras en papier mâché, et des versions à plus grande échelle, destinée à l’artiste qui devait les peindre lui même à son arrivée. Mais quand nous avons appris que Kijano souhaitait réaliser cette performance avec des étudiants et non pas seul, personne n’a hésité et le rendez-vous était pris !

 

Et vous vous retrouvez donc pinceau à la main face à Kijano, artiste mexicain reconnu, et de renommée internationale[1] … Quel est votre état d’esprit ?

DEBORAH – J’ai eu du mal à me lancer. Personnellement je tâtonne en espagnol, et dans ce contexte spécifique on doute forcément de bien saisir les suggestions de l’artiste. Mais ses directives ont vite laissé place à une grande liberté. Mises à l’aise, nous nous sommes surpris à laisser parler notre créativité sans complexer de notre statut de « débutante ». J’ai vraiment réussi à communiquer avec Kijano par l’art, et la barrière de la langue est tombée…

PAULINE – Bien sûr nous étions très impressionnées au départ. Peindre en toute liberté sur une œuvre commune, cela impliquait une responsabilité énorme en cas de dérapage ! Heureusement, Kijano nous a mises à l’aise et nous a donné des conseils. C’est quelqu’un de très positif, qui reflète bien cette rupture culturelle qu’ont les mexicains par rapport à notre rapport à la Mort : ils la fêtent et se l’approprient plutôt que d’en faire une inconnue taboue.

EMELINE – Tout en travaillant, nous en profitions pour pratiquer l’espagnol et discuter de nos vies respectives, de ses séjours en Russie, de ses goûts et sa famille, de nos propres parcours.
Toute la journée nous nous remplacions les uns les autres, et la Galerie a été animée de joyeux allers-retours, au cœur de l’exposition de l’artiste.

 

Les œuvres sont terminées, l’artiste reprend l’avion ce 8 décembre, l’exposition sera décrochée à ce moment là… Que retiendrez-vous de cette aventure ?

EMELINE – Des rencontres ! Nous nous sommes amusées à compter combien de personnes de nationalités différentes étaient présentes lors de ces ateliers. La liste est éloquente, puisqu’une demi-douzaine de pays était représentée pour une quinzaine d’étudiants et d’enseignants de Lille 3 qui ont participé à l’expérience !

PAULINE – La quinzaine fut très intense. Je pense que tout le monde a été très marqué par la simplicité de Kijano, sa soif de transmettre. Il ne semble pas pouvoir vivre sa passion pour la peinture sans la partager ; et c’est surprenant de voir qu’un homme de sa stature[1] s’intéresse tant à nos parcours et s’attache à nous enrichir artistiquement.

DEBORAH – Kijano nous a incitées à laisser parler notre imagination. Nous avons même entamé d’après une de ses propositions un nouveau travail plus personnel et introspectif. Il nous éduque à l’expression artistique.
Kijano nous a livré ses méthodes de travail et son approche humble de l’art : c’était un merveilleux échange entre tous les acteurs de cette résidence.

 

 

Plus d’infos :

> Retrouvez une interview complète de l’artiste par Nadia Malmi sur Inforum.

[1] Les œuvres de Kijano font partie des collections permanentes de divers musées tels que le Musée des Beaux Arts Pouchkine à Moscou, le Musée d’Art Contemporain de Moscou, le Musée d’Art Contemporain Àngel Zàrraga à Durango, le Centre Culturel San Àngel au Mexique.
Parallèlement à sa carrière d’artiste, Kijano est Docteur en Histoire moderne des pays d’Amérique Latine, et a été responsable du Service Culturel de l’Université Autònoma de Sinaloa.