Dans le cadre du symposium international « La mort sous les yeux ? La mort dans tous ses états à la charnière du XXIe siècle », organisé par le laboratoire Cecille les 20 et 21 novembre dernier, Action culture a accueilli en résidence à la galerie Les 3 lacs, le peintre Carlos Maciel Sánchez (Kijano) et son exposition Allégorie de la mort et autres subtilités de la vie.

 

L’exposition que vous nous présentez ici réunit des œuvres en lien avec la mort, mais ce regard rempli de vitalité, de vie nous surprend. Quelle place occupe la mort dans votre œuvre ?

Elle n’occupe pas habituellement une place très importante. Je travaille plutôt la vie, l’amour… Toute ma peinture est érotique. Cette exposition est une exception que j’ai faite spécialement pour le symposium. Pour moi, c’était un défi de montrer qu’on peut traiter le thème de la mort avec irrévérence, et même avec joie.

La mort est une partie de la vie, elle est  présente dans toutes les activités de l’être humain. C’est pour cela que je m’inspire des thèmes comme la littérature, les jeux de hasard, la loterie, le Tarot de Marseille qui sont liés à la mort, mais aussi à la vie. C’est pour cela que l’exposition s’appelle Allégorie de la mort et autre subtilités de la vie.

La mort est ici vue comme un complément de la vie, et la vie toujours comme la continuité de la mort parce qu’en fin de compte on commence à mourir au moment même où on naît.

Je joue avec la vie et la mort. Et bien sûr, mes morts sont des morts comiques, gais, sympathiques en quelque sorte. Il faut que nous puissions nous identifier, et que les tableaux ne soient pas terrifiants. Tu peux parfaitement accrocher un de ces tableaux chez toi, ils ne font pas peur.

 

Est-ce que votre vision a quelque chose à voir avec la vision mexicaine de la mort ? Quelles sont vos influences ?

Je crois que oui, ma vision est très inspirée par ce regard mexicain insouciant. Pour nous, mexicains, la mort est la continuité de la vie. Et c’est pour ça que ce n’est pas une tragédie. C’est une célébration, un rituel qui est presque toujours joyeux.

En tant que peintre, une de mes plus grandes influences est celle de la littérature dans toutes ses gammes, de la prose à la poésie. Je travaille toujours en lien avec la littérature. Je suis très influencé par Gabriel García Marquez ou les poètes maudits.

 

Vous avez l’habitude de travailler avec le public comme vous le faites  pour composer des œuvres communes ? Que pensez-vous de ce contact avec les étudiants ?

J’adore travailler avec les étudiants mais ce n’est pas dans mes habitudes. Je suis autodidacte et je ne pourrais pas enseigner la peinture. Je n’appartiens pas non plus à des collectifs d’artistes, je n’ai jamais réussi à travailler ainsi. J’ai des amis artistes, ça oui, des poètes, des cinéastes, des comédiens, mais les artistes sont souvent susceptibles et ils se prennent tous pour des génies. Tu finis souvent par avoir des problèmes. Je fais mon travail, j’apprécie celui des autres, je n’ai jamais ressenti de jalousie, au contraire, j’aime voir le travail de mes collègues, je suis content quand ça marche pour eux, quand ils vendent, quand ils ont du succès. Je suis un homme heureux et les gens qui sont heureux ne sont pas en conflit parce que pour nous, la création est un plaisir, pas une souffrance.  Je ne pourrais pas peindre si je souffrais. Mais je ne pourrais pas vivre si je ne peignais pas. Je peins par nécessité. Je ne m’intéresse pas à ceux qui écrivent sur mon travail. Ça m’est égal de vendre ou pas parce que je n’en dépends pas matériellement pour vivre[1]. J’essaie de faire les choses uniquement par amour. Je n’ai jamais demandé de subventions et je n’ai jamais appartenu à des institutions. Je suis indépendant parce que je ne supporte pas les institutions. Elles sont presque toutes mesquines.

 

Quelle place occupe la peinture dans votre vie ?

Elle est fondamentale. La peinture occupe la partie la plus importante de ma vie. A l’heure actuelle, j’ai réalisé 200 expositions. Je peins très rapidement.  Je n’ai pas besoin d’être inspiré et au final je le suis toujours. Un professionnel ne peut pas se permettre de ne pas être inspiré. Je voyage beaucoup, j’aime beaucoup. Je lis beaucoup, j’aime manger, cuisiner. Ça me permet de profiter pleinement de la vie. J’ai toujours été un peintre nocturne. Je peins la nuit car le jour, j’ai toujours eu d’autres activités, comme mon travail universitaire. J’ai été militant au Parti communiste pendant de longues années. Un jour, je l’ai quitté. Comme j’y suis entré, j’en suis sorti et j’ai décidé que je ne pourrais militer dans aucun parti.

J’étudie toujours beaucoup autour du thème que je vais traiter et une fois que j’ai une connaissance suffisante de ce que je veux peindre, alors je le porte sur la toile et ça se fait très facilement.

 

En savoir plus sur le symposium: http://cecille.recherche.univ-lille3.fr/agenda/colloques/article/symposium-international-la-mort

Atelier-performance de Kijano à la Galerie « Les 3 Lacs » de l’université Lille 3, dans le cadre de l’exposition « Allégorie de la mort et autres subtilités de la vie », du 20 novembre au 8 décembre 2013:  vidéo et photos © Romain Henning / Université Lille 3

 

 

 


[1]  Dr. Carlos Maciel Sánchez, alias Kijano, est chercheur en Histoire à l’Université Autonome de Sinaloa.