Billet écrit par Fabienne Hien,

Responsable SUVAC (Service Universitaire de Validation des Acquis et Compétences)
Responsable OPTION PLUS Lille 3 (Centre interuniversitaire de bilan de compétences OPTION PLUS)

L’université de Lille 3 a rejoint, via son Service Universitaire de Formation Continue, le réseau  interuniversitaire Nord-Pas de Calais des centres de bilans de compétences OPTION PLUS. Elle ouvre ainsi son centre de bilans de compétences (CBC).

Lille 3 conforte sa mission de Formation Tout au Long de la Vie et se donne comme ambition d’offrir un service complémentaire à des publics diversifiés (étudiants, demandeurs d’emploi, salariés…) dans un dispositif cohérent de missions et services (BAIP, « Hubhouse », Validation des Acquis, PEC, PPE…) qui, de l’orientation au développement de projets des diplômés, en appelle à l’évaluation de compétences tout au long de la formation et de la vie.

Être CBC permet également à Lille 3 d’accéder à de nouvelles compétences, et à de nouveaux partenariats avec les acteurs des milieux socio-économiques, jusque dans sa contribution à la Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences au sein des organisations (Administrations, Entreprises publiques et privées).

Quid du bilan de compétences ?
[pullquote align= »left »]Le bilan de compétences est un outil qui permet de mieux gérer les ressources humaines, et c’est un moyen d’aide personnalisée pour les étudiants.[/pullquote]Droit instauré en 1991, Le bilan de compétences permet à un individu de faire le point sur ses compétences, aptitudes et motivations en vue de définir un projet professionnel, et, le cas échéant, un projet de formation. Au fil des années, il est devenu un outil d’accompagnement personnalisé à l’orientation professionnelle et à la réussite. Il peut aujourd’hui se réaliser à tout âge et à tout moment de son parcours.

 

Fabienne HIEN, Responsable du CBC OPTION PLUS Lille 3, a rencontré Claude LEMOINE, Professeur Émérite de Psychologie du Travail et des Organisations à Lille 3.

Claude LEMOINE enseigne en Master de Psychologie du travail et des organisations de Lille 3. Il est également président de l’Association Internationale de Psychologie du travail de Langue Française (AIPTLF) et Directeur éditorial de la revue « Psychologie du travail et des organisations ».

Parmi ses nombreuses publications, Claude LEMOINE est l’auteur d’un ouvrage « SE FORMER AU BILAN DE COMPÉTENCES : comprendre et pratiquer la démarche », dont la 4e édition sortira début 2014, aux éditions DUNOD.

Fabienne Hien : Monsieur LEMOINE, que pensez-vous de la mise en place d’un Centre de Bilans de Compétences porté par l’Université de Lille 3, en 2013, et donc de son positionnement comme prestataire de bilans de compétences ?

C’est une heureuse initiative. Dommage qu’elle n’advienne qu’aujourd’hui. Le positionnement de Lille 3 comme CBC repose en tout cas la question de la redéfinition des missions de l’université. En effet, le bilan de compétences est un outil qui permet de mieux gérer les ressources humaines, et c’est un moyen d’aide personnalisée pour les étudiants.

Fabienne Hien : Quelle place peut avoir un tel centre de bilans dans la diversité des prestataires de bilans de compétences (structures associatives, cabinets privés, etc…) ?

Mettre en place un CBC à Lille 3 est une démarche originale. Une telle structure peut répondre à des demandes exprimées par des publics multiples (étudiants, demandeurs d’emplois, salariés en reprise d’étude ou en conversion professionnelle…), en mettant à leur disposition une véritable expertise sur ses domaines de formation et de recherche en Sciences Humaines et Sociales, par exemple, en soutien à l’insertion des post bacheliers (réussite des études à l’université, réussite sociale), en soutien à l’emploi pour les diplômés de haut niveau (bac + 5 et bac + 8).

C’est une manière de réintroduire une certaine forme d’orientation, il faut renouveler les formes d’orientation.

Fabienne Hien : Notre premier Vice Président, Philippe Vervaecke, disait récemment dans une interview que « Les universités assument une responsabilité sociale, non seulement dans l’enseignement et dans la production de connaissances, mais aussi dans la vie quotidienne du territoire dans lequel elles sont implantées ». Pensez-vous qu’au travers d’un tel dispositif, l’université Lille 3 peut jouer son rôle social ?

[pullquote align= »right »]Il manque, en France, de la recherche sur le conseil et l’accompagnement.[/pullquote]

L’Université Lille 3 joue déjà un rôle d’aide d’accès à la profession, étant donné qu’elle forme des psychologues du travail et des professionnels du bilan, depuis de nombreuses années. En s’appuyant sur ce dispositif, Lille 3 peut encore développer son rôle de rayonnement dans les domaines de la recherche en psychologie. Il manque, en France, de la recherche sur le conseil et l’accompagnement (expérimentation de nouvelles façons de conduire un entretien, par exemple. Comment aide-t-on le bénéficiaire, comment on le met à l’aise, comment faciliter son expression personnelle, quels sont les méthodes pour que le bénéficiaire puisse faire un retour sur lui-même ? comment l’aide-t-on à analyser une situation ? ). Dans le bilan de compétences, on donne la parole à l’individu et on prouve qu’il est capable de réfléchir et de progresser par lui-même avec le soutien méthodique d’un professionnel. Les CIBC (Centres Interinstitutionnels de Bilans de Compétences, nldr) ont, dans leur charte qualité bilan, un volet recherche qui ne demande qu’à être développé avec l’aide de Lille 3…

Fabienne Hien : le bilan de compétences est un droit inscrit dans la loi de 1991 et dans le code du travail, reconnu aux salariés et demandeurs d’emploi. Il a fêté ses 30 ans en 2011. Où en est-on aujourd’hui ?

C’est une matrice innovante et adaptée aux besoins individuels. La diversité des demandes a conduit à démultiplier les dispositifs de bilan qui se sont présentés comme répondant à des situations et des populations différentes. Par exemple, des micros bilans de compétences pour les jeunes, des « bilans pour seniors » qui arrivent en fin de carrière et qui se préparent à la retraite… ce qui nécessite d’adapter la prestation bilan à ces différents publics. Le bilan de compétences a porté ainsi plusieurs dénominations : pour les demandeurs d’emplois : un BCA (Bilan de compétences approfondi), pour les jeunes : un bilan d’orientation professionnelle, pour les salariés : un bilan professionnel ou un bilan de compétences ? Cependant il est important de garder les aspects originaux du bilan de compétences et de viser la qualité plutôt que la rapidité de réalisation et le moindre coût.

Fabienne Hien : Selon vous, le bilan de compétences a-t-il toujours son utilité sociale ?

[pullquote align= »left »]Le bilan de compétences est un outil pour préparer ses décisions en connaissance de cause, et se redonner des points de repère dans un contexte mouvant permanent, et à tous les âges de la vie.[/pullquote]Oui, de plus en plus. On est dans la mobilité, dans les transitions quasi-permanentes. Le bilan de compétences est un outil pour préparer ses décisions en connaissance de cause, et se redonner des points de repère dans un contexte mouvant permanent, et à tous les âges de la vie. Il s’avère de plus en plus utile et il ne deviendra pas rare qu’un individu fasse plusieurs BC tout au long de son parcours personnel et professionnel.

 

 

Fabienne Hien : Comment voyez-vous ce dispositif évoluer ?

Le bilan de compétences peut être une formule de référence pour l’ensemble des démarches d’orientation tout au long de la vie, à condition que la diversité de ses applications possibles ne vienne pas le modifier et l’altérer dans sa logique, sa méthode et son contenu. C’est un dispositif qu’il faut recentrer sur ses objectifs premiers, ne pas le détourner de ses buts : ce n’est pas un outil « anti-chômage ».. Il demeure un outil de plus en plus indispensable dans un monde de mobilité constante, au service des personnes qui souhaitent gérer leur vie, développer leurs possibilités, pouvoir se situer professionnellement, personnellement et socialement. Le bilan de compétences est un dispositif de formation, et notamment une préparation au choix et aux décisions personnelles et professionnelles.

Il faut par ailleurs développer son professionnalisme et sa qualité. Cela demande donc un dispositif qui assure les conditions d’autonomie et de faisabilité, des professionnels suffisamment formés et qualifiés pour encadrer la démarche, et des méthodes vérifiées et accessibles correspondant aux buts recherchés et permettant une appropriation des résultats qu’elles suscitent. Il renouvelle aussi les méthodes en psychologie, par exemple en donnant de l’information en retour au bénéficiaire, en le faisant participer à l’élaboration des résultats, en jouant la transparence des méthodes. Dans cette perspective, le bilan de compétences peut devenir le prototype de l’orientation choisie et maîtrisée, duquel les autres dispositifs pourraient à bon escient se rapprocher au niveau des exigences de qualité à remplir.

Fabienne Hien : Comment voyez-vous l’avenir et l’évolution du centre de bilans OPTION PLUS Lille 3 ?

Le CBC OPTION PLUS Lille 3 a tout à gagner à être intégré dans la Formation Continue Universitaire et à être couplé avec la VAE (Validation des Acquis de l’Expérience). Plus largement, dans une perspective de Formation tout au long de la vie, le CBC devrait pouvoir servir d’aide à la décision d’orientation personnelle et professionnelle, de « piste d’envol » pour les doctorants et pour les étudiants indécis, mais cela doit passer obligatoirement par des moyens humains et financiers. Il est important que la cohérence de ce projet se place dans une cohérence d’évolution de l’Université et de ses missions, mais là encore, à condition de sensibiliser, d’accompagner, de « professionnaliser » l’ensemble des acteurs de la communauté universitaire. En effet, les enseignants chercheurs ne sont aujourd’hui ni formés pour le commerce, ni pour la gestion ou l’administration, et encore moins pour l’orientation …