« Le travail social à l’épreuve de la gestion : comment repenser nos pratiques ? » Tel était l’objet de la conférence du lundi 10 février organisée par l’AEDS, Association des Étudiants de Développement Social de Lille 3.

145 personnes (étudiants, travailleurs sociaux, éducateurs spécialisés, professeurs) étaient présentes dans l’amphi B4 pour assister à la conférence tenue par deux intervenants invités par l’AEDS, Michel Chauvière et Laurence Lutton.

Lui, est docteur en sociologie et directeur de recherche au CNRS. Ses principaux thèmes de recherches sont la question sociale, la politique familiale, les institutions et les professions.

Elle, est formatrice à l’école des travailleurs sociaux d’Amiens et a longtemps travaillé comme éducatrice spécialisée.

Les pratiques dans le travail social

Trois étudiantes de l’association introduisent la conférence avec des témoignages de travailleurs sociaux. Le constat est établi : il y a des problèmes au sein des pratiques dans le travail social. Tout est bureaucratisé et standardisé ; du coup, il n’y a plus de réel entretien avec le client. Le contact a tendance à s’effacer, et les gens n’ont accès qu’à des plateformes toutes prêtes.

[quote style= »1″] »Le social est un sport de combat. » Pierre Bourdieu[/quote]

Michel Chauvière prend ensuite la parole et propose de répondre à deux questions : tout d’abord, de quoi parle-t-on ? et ensuite, qu’est-ce qui a changé depuis quelques années, et pourquoi ?

Pour répondre à cette première interrogation, le sociologue reprend une citation de Pierre Bourdieu: « Le social est un sport de combat ». Cette phrase image bien le débat qui va s’en suivre. Michel Chauvière revient sur les bases du social, il intervient notamment sur le financement des associations, sur les professions sociales dans l’ensemble des métiers et aussi sur les politiques sociales qui sont présentes depuis la 3ème République.

Le chercheur répond ensuite à la deuxième question sur les changements des pratiques sociales. Il soulève certains problèmes que rencontrent aujourd’hui les travailleurs sociaux. Il y a un rapport de forces entre les gestionnaires et les pouvoirs publics : les politiques prennent de plus en plus de place dans la gestion sociale, qui devient un enjeu majeur. Il existe également une gêne dans les centres de formations, qui deviennent des « ventes de formations ». Michel Chauvière utilise le terme de « concession » pour les imager.

Laurence Lutton expose sa vision du métier d’éducateur spécialisé. Elle remarque une difficulté : le manque d’échanges. En accord avec les paroles du sociologue, la formatrice souligne que les managers placent les usagers sur des emplois sans connaître leur « étiquette ».

Politiques et performances sociales

S’en suit le débat, un peu houleux à son commencement. En effet, une étudiante de l’AEDS interroge les participants sur les performances sociales : sont-elles atteintes par nos politiques ?

Un assistant parlementaire d’une cinquantaine d’années prend la parole pour répondre à la question : « les travailleurs sociaux sont des relais entre la politique et la clientèle, et le capitalisme ne peut se lier avec le social ». Il dit avoir entendu d’un élu : « Je gère ma commune comme une entreprise ».

Les participants enchaînent les anecdotes qu’ils rencontrent dans leur profession. Une assistante sociale qui travaille avec des handicapés moteurs nous expose que des enquêtes de satisfaction sont envoyées à tous les usagers, même à ceux qui sont décédés. Un homme du même âge, qui travaille dans la protection de l’enfance, raconte que le vocabulaire utilisé par les employés est contestable. Sa supérieure lui a dit un jour : « de vérifier le stock d’enfants »…

Michel Chauvière souligne que l’ensemble des activités non productives est touché, du fait qu’il n’y a pas de retour physique et qu’il y a un sentiment de gâchis dans les financements.

A la fin de la conférence, malgré une ambiance plutôt chaleureuse, les tensions sont palpables et on peut lire sur les lèvres les mots suivants : « lutte », « combat », « fatigue », « à bout »…