Jeudi 13 Mars à 20 heures se déroulait à l’aéronef le concert de Seun Kuti. Pas de panique, si ce nom vous est inconnu, voici un petit rappel des origines qui l’on forgé : Seun Kuti est le fils cadet de Fela Kuti , chanteur, saxophoniste et homme politique Nigérian. Fela est réputé pour être considéré comme le père de l’Afrobeat.

Ce style, créé à Lagos, est une fusion de rythmes africains traditionnels mêlés d’une forte empreinte de jazz et de funk. Il passe pour être une évolution du « Highlife jazz », apparu dans les années 1920 et lié à la ferveur idéologique des intellectuels de l’époque désireux de faire reconnaître et respecter l’identité Africaine. L’Afrobeat, plus qu’un métissage culturel, et fort de racines contestataires, fût un vecteur privilégié d’expression pour Fela  face à la junte politique corrompue de son pays. Personnalité controversée au train de vie de rock star, polygame et opposant politique décédé des suites du sida en 1997, il éleva Seun sous son toit où cohabitaient selon ses règles, ses musiciens, ses femmes et ses choristes.

[quote style= »1″] »Grandir là-dedans, c’était comme aller à l’université de la vie. J’ai observé les gens, comme un enfant le fait avec les adultes. Il faut réaliser que je n’ai jamais vécu avec des gens de mon âge. Fela m’a donné tout ce qu’un père pouvait donner à son fils : de bonnes bases. Et puis c’était drôle : d’abord parce que je me couchais tard, et puis j’adorais être sur scène, danser, chanter… C’était sans doute une manière de me faire choisir la musique : me montrer tous ces concerts, m’emmener à travers le monde… Je me disais : c’est le job le plus facile du monde ! Tu joues ta musique, les gens t’aiment, ils te donnent de l’argent, tu as des femmes : que vouloir de plus ?! Je fais de la musique ! » Propos recueillis sur le site de France info.[/quote]

Une première partie surprenante !

Le concert s’est ouvert sur la prestation de Bukatribe, groupe Rennais atypique composé de quatre chanteurs. La salle de l’aéronef, pour l’occasion, était réduite d’un tiers par un grand rideau noir et l’ambiance intimiste du lieu qui s’en trouva renforcée, servit à merveille l’atmosphère composite dégagée par ce quartet buccal.

Subtil mélange de soul, ragga, hip-hop ou électro, soutenu par un beat-box massif d’une étonnante puissance, ils ont enchaîné leurs compositions au style inimitable, teintées d’inspirations telles que Fat Freddy’s Drop ou Saïan Supa Crew. Alternant onomatopées improbables, rythmes endiablés et beauté harmonique, ils ont fait l’unanimité auprès d’un public visiblement conquis, tant par la justesse de leur style que par l’énergie dégagée sur scène ! Après deux rappels bien menés Bukatribe s’est retiré sous les ovations de la foule pour laisser place à l’effervescence de l’attente.

Seun Kuti : une prestation audacieuse

Les derniers préparatifs techniques achevés, la troupe de Seun Kuti, composée d’un nombre impressionnant de musiciens (trois percussions, deux guitares électriques, une guitare basse, deux trompettes, deux choristes, un saxophone ténor, et enfin, un saxophone alto incarné par Kuti lui même), est entrée sous le feu des projecteurs dans une salle comble à l’ambiance survoltée.

Le ton fût donné immédiatement et l’envoûtement dégagé par l’alchimie des rythmes effrénés, du funk des guitares et de la chaleur jazzy des cuivres, fût maintenu sans faille au cours des 2 heures que dura la prestation.

Seun Kuti a, sans aucun doute, hérité de l’éloquence de son père pour dénoncer les injustices de son pays, n’hésitant  pas à prendre la parole entre chaque morceau pour exprimer sa vision idéale d’une Afrique débarrassée de ses inégalités et de sa violence. Ses compositions percutantes et incisives, veulent guider l’éveil des  consciences (Higher consciousness), faire trembler les mentalités (African Smoke) et dénoncer le pouvoir tenu par les élites gangrenées (African Airways). Même le FMI, (Fond Monétaire International), est mis en joue dans le titre satyrique IMF (international Mother Fuckers).

[pullquote align= »left »]Seun Kuti a, sans aucun doute, hérité de l’éloquence de son père pour dénoncer les injustices de son pays, n’hésitant  pas à prendre la parole entre chaque morceau pour exprimer sa vision idéale d’une Afrique débarrassée de ses inégalités et de sa violence. [/pullquote]Son humilité vis-à-vis de ses musiciens fut particulièrement plaisante, ne cherchant pas (comme beaucoup de leaders) la monopolisation de la scène et se mettant régulièrement en retrait pour offrir aux membres de son groupe la possibilité d’exprimer leur talent au cours de solos passionnés. L’avantage de cet agencement résidait dans le fait que l’écoute individuelle de chaque instrument permettait par la suite de saisir la musique, non comme une masse sonore uniforme, mais comme la somme distincte et harmonieuse de multiples identités indépendantes. Cependant, le personnage de Seun était loin de manquer d’attraction, doté d’un charisme naturel et d’une grande aisance sur scène, le tempérament de feu de son père était bien visible dans l’énergie propulsée par son saxophone, et surtout, sa façon si particulière de danser, aux allures de transe vaudou.

Après deux rappels particulièrement déchaînés, le concert a pris fin dans un tonnerre d’acclamations.

Grâce au flambeau légué par son père, Seun Kuti sait la force de sa musique, qui transcende les genres. Assurément inscrite dans le présent, elle participe à la construction du monde de demain, monde dont il avoue humblement n’être qu’au commencement.