Par Adrien Quilico et Clotilde Berne

Le 4 avril 2014, l’association Les Films au clair de Lune fêtait ses dix ans à la Gare Saint-Sauveur, dans une ambiance chaleureuse et festive. Conçue à l’origine pour promouvoir le cinéma, l’association s’est rapidement orientée vers la cause humanitaire, et la solidarité internationale.

Une projection empreinte de solidarité 

A dix-huit heures, le public est déjà installé dans la salle de projection de la Gare Saint Sauveur. Tous attendent les derniers retardataires avec impatience, avant qu’enfin, l’association présente ses court-métrages, tournés par des étudiants bénévoles, en collaboration avec des enfants du Maroc et du Togo.

Chaque année, les étudiants se concentrent sur un pays différent et s’y déplacent pour le tournage. Ils ont pris le parti non pas du documentaire, mais de la fiction, pour sensibiliser les habitants à des problématiques qui les touchent directement. Pour atteindre cet objectif, les bénévoles utilisent un réseau d’associations internationales, pour mettre en place des scénarios adaptés à la culture locale, et faire ainsi de la prévention.

Chacun de ces films ont été réalisés en quatre semaines : la première semaine est consacrée à la préparation des scénarios avec les enfants, la deuxième est dédiée au tournage du film, réalisé par des enfants du pays. Ceux-ci peuvent notamment avoir un rôle d’acteur, tenir la caméra ou la perche son. « C’est impressionnant de voir comment les enfants peuvent entrer dans le personnage. » confie un bénévole.
Enfin, le temps restant est employé au montage du film.

Les court-métrages sont tous enregistrés en dialecte local : ainsi, sur place, les associations peuvent proposer des diffusions publiques, ou même participer à la création d’une caravane itinérante, comme c’est le cas actuellement au Maroc.

 

Image extraite du court-métrage Fille de Mikhali

Image extraite du court-métrage Fille de Mikhali

Justement, le premier court métrage, La fabrique des abattoirs, a été tourné là-bas. Il met en avant les anciens abattoirs de Casablanca, dans un film de soutien à l’art de rue et au site. Le deuxième court métrage, Fille de mikhali, amorce une réflexion sur le tri des déchets, et le statut de mikhali (acteurs du recyclage marocain, ils collectent des ordures pour les revendre) métier encore considéré comme très dégradant au Maroc. Le rôle des mikhali dans les films était tenu non par des acteurs, mais par des personnes dont c’est réellement le métier.

Le troisième court métrage, Paludisme, vient du Togo. Il a pour objectif d’enseigner au spectateur des gestes de prévention simples, comme poser une moustiquaire, ou l’inciter à se rendre à l’hôpital en cas de problème.
Enfin, Sœurs d’autistes, le dernier des court-métrages tournés par Films au clair de lune, a également été réalisé au Maroc, dans un but d’information sur l’autisme et les solutions apportées en cas de diagnostic avéré.

Après la diffusion des court-métrages de l’association Films au clair de Lune, le thème de la solidarité est abordé d’une autre manière, dans un court-métrage de Patrice Deboosère, adapté d’une histoire d’Etienne Davodeau.

Un engagement enrichissant pour les bénévoles

Photo prise en Guinée, extraite de l'exposition

Premières photos prises en Guinée, extraite de l’exposition

Après la diffusion des courts métrages, les convives sont invités à découvrir l’exposition des photos prises sur place, et installées pour l’occasion à l’extérieur de la gare Saint-Sauveur. Cette exposition est accompagnée d’un apéritif en plein air, au son des percussions d’Oyamba, un groupe d’Afro-samba.

Nous rencontrons alors deux étudiants bénévoles de Lille 3 : Pierre, en deuxième année de cinéma, et Rebecca, en première année d’histoire de l’art. Ils nous expliquent qu’ils ont entendu parler de Films au clair de lune en septembre, lors d’une intervention effectuée sur le campus. Ils sont tous les deux passés par des ateliers organisés par l’association pour se former avant de s’intégrer pleinement aux activités de l’association. En plus de l’enrichissement personnel que leur a apporté leur implication, ces ateliers permettent désormais à Rebecca de participer à l’écriture des scénarios, tandis que Pierre va partir un mois en Guinée, pour participer au prochain tournage.

Clôture de la soirée en musique, avec Chancellor and the Bamara

Chancellor and the BamaraMené par Chancellor Dé Dianga, le groupe exprime d’entrée une grande aisance de la scène, mêlant dynamisme des rythmes africains et onirisme métissé des textes engagés.
Originaire de Centrafrique, Chancellor Dé Dianga et sa troupe de musiciens, militent activement par le biais de leur art, pour la paix dans ce pays qui connait actuellement sa troisième guerre civile (faillite de l’ordre public, massacres dus aux oppositions des factions armées Musulmanes et Chrétiennes). D’ailleurs, en Sango (langue Centrafricaine), Bamara signifie « lion sage », et là-bas, il est coutume de penser qu’après son décès, un homme vertueux se réincarne en Bamara pour veiller sur ceux qui propagent la paix entre les peuples.
Chancellor and the Bamara s’inspirent profondément de l’Afrobeat, du Jazz-Funk et du Blues, pour livrer une musique surprenante, inclassable, aux frontières d’une multitude d’univers, à la fois distincts par leurs orientations et proches par leurs racines. Leur musique invite au voyage, à l’introspection, à la réflexion sur le thème de la dualité des origines et de la quête identitaire, portée par la tessiture de la voix écorchée de Chancellor Dé Dianga.

Jouant sans cesse avec le public, les musiciens haranguent la foule, et leur interaction dynamique et spontanée avec la salle achève rapidement de faire exploser l’ambiance dans la gare Saint Sauveur.
Mais la clef de voûte de cette performance est sans nul doute la complicité qui les unit. Pour Chancellor ce sont «des musiciens qui savent mettre des rayons sur l’autre afin que le soleil brille sur tous ». Pour lui, plus qu’un groupe, ils forment une famille : «Sans eux, je n’aurais pas trouvé la voie de ma voix». [réf]

Cette soirée est donc l’occasion pour l’association Films au clair de lune de fêter son dixième anniversaire, tout en prouvant que l’art sous toutes ses formes peut œuvrer pour un but commun : la solidarité.