Plaque mémorial AscqAlors que l’année 2014 marque le début des commémorations de la Première Guerre mondiale, il convient de rappeler un événement survenu lors de la Seconde : le massacre d’Ascq (ou massacre des Rameaux). Il y a 70 ans, dans la nuit du 1er au 2 avril 1944, le village d’Ascq a été le théâtre de l’un des massacres les plus sanglants sous l’occupation allemande. L’« Oradour-sur-Glane du Nord », comme on a coutume de l’appeler, a causé la mort de 86 habitants en pas moins de deux heures.

> Que s’est-il passé ?

A l’origine de ce massacre : un malentendu, aux conséquences dramatiques. Peu avant 23 heures, en ce 1er avril 1944, des résistants du réseau Voix du Nord sabotent les voies ferrés tout près de la gare d’Ascq. Ils croient faire dérailler un train de marchandises ; en réalité, le très long convoi transporte de jeunes SS. Une méprise malencontreuse due à l’inversion dans l’ordre des passages. Venu d’Aarshot (près de Bruxelles), le train se dirigeait vers la Normandie en empruntant le tronçon Tournai-Lille. Ce même tronçon qui, aujourd’hui encore, passe par le Pont de Bois – à deux pas de l’université…

La riposte ne se fait pas attendre : le lieutenant allemand Walter Hauck ordonne à ses hommes de passer le village au peigne fin. Les premiers habitants trouvés sont pris en otage et sont emmenés en file indienne vers le lieu du sabotage : les femmes et les enfants sont épargnés, mais on ne leur épargne pas la douleur de voir leur mari ou leur père exécutés sous leurs yeux. Plus tard, les SS entrent de force dans les habitations et, tout en brutalisant les Ascquois, s’adonnent à un pillage méthodique.

> Deux heures plus tard, fin des hostilités

Trois quarts d’heure après le déraillement, Élie Derache, un personnel de la gare d’Ascq, donne l’alerte par téléphone à ses collègues de la gare de Lille. Ceux-ci joignent la Zugleitung, le service allemand, ainsi que la gendarmerie de Lille, mais toutes deux tardent à intervenir : il est 1 heure, ce 2 avril, quand un brigadier français se rend sur les lieux. La Feldgendarmerie, elle, arrive au même moment et ordonne aux SS de mettre fin au massacre

A 1h15, retour au calme dans le village d’Ascq, qui aura perdu 86 de ses habitants. A ces morts s’ajoutent 11 blessés, 75 veuves et 127 orphelins.

> Et après ?

Au lendemain du massacre, les autorités allemandes expliqueront que des coups de feu ont été tirés en direction de leur train, et invoqueront cette raison pour légitimer leur riposte. Les travailleurs de la région, quant à eux, sont mis au courant malgré la censure allemande : ils se mettent en grève et viennent apporter leur soutien à la population meurtrie du village. A Lille, on recense 60 000 grévistes, ce qui représente l’une des plus importantes mobilisations françaises de la Seconde guerre.

Les résistants d’Ascq sont jugés par un tribunal allemand et sont exécutés au fort de Seclin au lendemain du débarquement en Normandie. La justice française, de son côté, ouvre le procès des SS le 2 août 1949 au Palais de Justice de Lille. Nombre de coupables ayant été tués au cours du conflit mondial, seuls neuf d’entre eux sont jugés. Huit sont condamnés à la peine de mort, le dernier est soumis à des travaux forcés. Mémorial Ascq

En 2005, l’ancien village d’Ascq, devenu un quartier de Villeneuve d’Ascq, a ouvert le « Mémorial Ascq 1944 » (en savoir plus)  juste au bord des voies ferrés par lesquelles le drame est arrivé. Au cimetière d’Ascq, une allée est dédiée aux habitants massacrés. Les habitants rendent hommage à leurs ancêtres en organisant, tous les cinq ans, une marche aux flambeaux dans les rues du village martyr.

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