Rencontre avec Nathalie Coulon, coordinatrice de la cellule de veille et d’information sur le harcèlement sexuel (CEVIHS).

En 2005 s’est tenue une journée d’information sur la lutte contre la discrimination. Colette Lamarche, du groupe de recherche ELIGES (Études Lilloise Genre et Sociétés), alors chargée de mission à l’égalité des femmes et des hommes de l’université Lille 3,  met en place un groupe de réflexion chargé de travailler sur un dispositif de lutte contre le harcèlement sexuel à inventer entièrement.

Parmi les participants, Nathalie Coulon (maîtresse de conférences en psychologie) qui, depuis octobre 2010, est coordinatrice de la cellule. Elle s’occupe principalement de la communication à l’externe, mais aussi de recevoir les victimes de harcèlement sexuel, pour leur apporter l’aide de la CEVIHS. Rencontre avec la coordinatrice de ce dispositif trop peu connu à l’université.

Comment définiriez-vous la CEVIHS ?

C’est un dispositif de prévention et d’accompagnement pour lutter contre le harcèlement sexuel à l’université. On met en place des actions d’information et de sensibilisation, par voie d’affichage ou sur le site de l’université, mais la CEVIHS accompagne aussi les personnes. On peut la contacter si on est témoin ou victime d’une situation que l’on pense relever du harcèlement sexuel.

Qu’est-ce que le harcèlement sexuel ?

C’est très technique sur le plan juridique… Notre rôle est de rechercher plutôt un ensemble de faits, il y a toutes sortes de cas et d’exemples. On part de la définition juridique et on essaie de qualifier les faits.

Selon l’article 222-33 du Code Pénal, « Le harcèlement sexuel est le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. » Il comprend également le fait, même non répété, d’« user de toute forme de pression grave dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle ». Il est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende. Cette peine peut être étendue à trois ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende, en cas de circonstances aggravantes.

Qui peut contacter la CEVIHS ?

Toute personne vivant sur le campus, les étudiants et étudiantes, le personnel BIATSS, les enseignants-chercheurs, titulaires et non titulaires… enfin toute la communauté universitaire, mais pas seulement. Il m’arrive d’être contactée par d’anciens étudiants, ou par des collègues d’autres universités qui veulent installer le même genre de dispositifs.

Comment vous êtes-vous formés ?

Après la création de la cellule, Colette Lamarche a voulu développer des compétences au sein du groupe, on avait donc organisé une journée d’études sur le plan juridique. On s’est formé à l’écoute aussi, avec une psychologue. Si on ressent qu’on manque de compétences sur un aspect, on ira chercher ces compétences au sein de la cellule. Par exemple, pour l’information juridique, Xavier Mercier-Chauve (ndlr : Direction générale des services, Conseiller juridique) est incontournable, il est une force de notre dispositif. Il arrive parfois que nos compétences soient remises en cause. Cela m’est arrivé pendant la phase d’instruction de commission disciplinaire !

Comment savoir si le dispositif est efficace ?

D’abord, dans une circulaire du ministère de février 2014, on cite notre dispositif, par rapport à l’accompagnement des victimes. Sur ce modèle-là, il n’existe rien ailleurs.Au niveau de l’efficacité interne, le problème est que c’est un sujet qui reste tabou. On ne peut pas vraiment juger l’efficacité du dispositif, mais il a le mérite de s’emparer d’une question tabou. En parler, c’est déjà être efficace ! Disons que si on regarde par rapport aux situations où il n’existe rien, on a une certaine efficacité, puisqu’on peut prévenir la communauté universitaire depuis l’intérieur. Mais on n’a pas encore réussi à convaincre les étudiants qu’on n’est pas là pour étouffer l’affaire, et qu’on n’est pas une instance disciplinaire.

Bien sûr, on ne prend pas en charge toutes les situations. Parfois, les victimes ne veulent pas contacter la CEVIHS. Malheureusement on ne peut pas savoir combien de personnes sont concernées par ce harcèlement sexuel…

Dans la pratique, quand quelqu’un vient vous voir, comment ça se passe ?

Quand on a réussi à établir un contact pour un premier rendez-vous, en général on reçoit la personne en binôme. La plupart du temps, en tant que coordinatrice, je suis présente, pour le premier contact, avec une autre personne de la cellule. On reçoit la personne pour prendre connaissance de la situation, on essaie de repérer les éléments clés ou les manques dans l’information qu’on reçoit. Il arrive que la personne vienne de façon anonyme, il arrive même qu’on reçoive un groupe, et qu’on ne sache pas parmi ce groupe qui est la victime. Il n’y a pas de format, on ne sait jamais qui vient. Le premier rendez-vous est une prise de contact et sert à faire le point sur la situation, pour pouvoir dire très rapidement si la situation relève du harcèlement sexuel.

On va ensuite proposer une deuxième rencontre, en respectant ce que la personne à envie de faire, il n’y a aucun délai, on respecte le tempo des personnes.

Quelles sont les solutions que vous apportez ?

On va essayer d’analyser le besoin et la demande de la personne à ce moment-là. On va donner de l’information, puis proposer de préparer un dossier. Si la personne souhaite qu’on intervienne auprès de ses responsables, on peut essayer. En fait, vous seriez étonnée de la diversité de moyens, il n’y a pas qu’une façon de faire. Ce qu’il y a de commun, c’est qu’on essaie toujours de voir tout ce qu’on peut mobiliser pour que la situation cesse, parce que la plupart du temps, c’est la demande qu’on a : les victimes veulent que ça s’arrête, et pas forcément aller au tribunal ou engager une procédure. Parfois on est dans une impasse, et on propose de convoquer la personne harceleuse. Si la personne n’est pas bien, on peut l’envoyer vers notre collègue médecin, ou le psychologue de la cellule.

« L’avantage, c’est que maintenant, à Lille 3, notre dispositif fait partie de la maison, on ne peut que l’améliorer »

On va mobiliser vraiment tout ce qu’on peut : le dossier n’est qu’un aspect, notre but, c’est que la personne qui est venue nous voir se sente mieux.

Comment vous contacter ?

La communication par téléphone est très compliquée, parfois on nous laisse des messages, mais on ne peut pas recontacter la personne. Le contact par mail est à favoriser, il permet d’instaurer un dialogue durable, sans forcément donner son identité. Une fois j’ai participé à une rencontre, on donnait des exemples très concrets partant des exemples qu’on avait déjà rencontrés. En tout cas, ça nous a permis d’avoir des retours, et d’insister sur le fait que la victime n’a pas à accepter ça.

Besoin d’infos ?

Vous pouvez consulter le site du CLASCHES (Collectif Anti-Sexiste Contre le Harcèlement Sexuel dans l’Enseignement supérieur), mais également la page de la CEVIHS ur le site de l’université :