Les graphzines, ce sont des fanzines à dominante graphique, reproduits souvent à quelques dizaines ou centaines d’exemplaires. Leur caractéristique ? Se tenir résolument en marge de l’édition traditionnelle et du milieu de l’art.

Créatif, bouillonnant, fauché, débridé, c’est l’univers des graphzines dans lequel nous plonge une exposition à la bibliothèque universitaire (BU). Ce qui frappe d’abord, c’est un besoin quasi-vital de noircir la page, de la saturer de dessins. On sent ses créateurs soucieux de donner libre cours à une créativité sans entraves : y prédominent sexe, humour volontiers potache ou parodique, et volonté de provocation permanente. Ils détournent allègrement les figures établies de la bande dessinée.

Mais les créateurs de graphzines sont sans doute avant tout des amoureux des livres. Des artisans qui fignolent des heures durant leur typographie, jouent avec les formes, les couleurs. Ils plient, froissent, inventent des jeux avec le papier. Et se passent d’imprimeurs. Pour diffuser leurs œuvres, ils utilisent toutes sortes de moyens : matériel de sérigraphie installé dans un coin de leur domicile, litho, de l’offset, gravure sur plaques de cuivres, ou tout simplement des photocopieuses.

Souvent anciens étudiants en écoles d’art, ils travaillent fréquemment à plusieurs, se nourrissant de l’énergie collective. Ils sont aussi parfois musiciens, joignant un disque à leur graphzine qu’ils vendent ou distribuent à leurs concerts.

L’âge d’or

L’âge d’or des graphzines se situe plutôt dans les années 1970-80. La bande dessinée commence alors à s’adresser spécifiquement aux adultes. Dans le sillage du magazine Métal Hurlant, voire même à l’intérieur de ses pages, se créent une nuée de graphzines divers. C’est aussi le collectif Bazooka qui investit en 1977 la rédaction du quotidien Libération, semant ses dessins entre les colonnes, et bouleversant la mise en page. L’expérience durera un an, avant que Serge July, épuisé par leurs outrances, ne décide de jeter l’éponge.

Pour quelques artistes, longtemps anonymes, les graphzines ont été un tremplin : ils ont fini par être reconnus par le milieu de l’art contemporain. D’autres sont passés à autre chose. Et certains continuent de porter le flambeau, rejoints par de nouveaux créateurs. Aujourd’hui, les graphzines sont toujours bien vivants, mais un peu plus souterrains. Il existe néanmoins des lieux comme la librairie et les éditions Le Dernier Cri à Marseille qui mêle des artistes de nombreux pays, ou la galerie Arts Factory ainsi que quelques librairies spécialisées à Paris, notamment Un regard moderne, référence incontournable. Mais le Nord, la Belgique ne sont pas en reste. L’artiste Jean-Jacques Tachdjian des éditions La Chienne en est par exemple une figure importante, ainsi qu’Albert Foolmoon qui a réalisé le visuel de l’affiche de l’exposition. Quant à la scénographie, c’est la galerie-librairie Le Cagibi, à Lille, qui l’a conçue.

Chefs-d’œuvre en péril ?

Auto-édités, ces fanzines échappent au dépôt légal : rien n’oblige la BnF à les conserver. Pour éviter que ces trésors ne disparaissent, Lise Fauchereau, du département des estampes et de la photographie, en a peu à peu rencontré les artistes, fréquentant les petits salons, librairies et divers lieux où ils se rencontrent. Heureusement, les créateurs sont rarement réticents à confier leurs archives, pas mécontents, finalement, de cette forme de reconnaissance de l’institution.

L’exposition

Son point de départ est une autre exposition, sur l’art brut, qui se tient actuellement au LaM. Les créateurs de ces formes d’expression, eux aussi, se revendiquent comme des non-professionnels, sans culture artistique, qui ne se fixent aucune limite. Pas étonnant, finalement, que certains se soient intéressés à leurs cousins des graphzines. C’était le but de la dernière salle de l’exposition, qui retraçait leurs échanges et influences.

C’est comme cela que la responsable de la bibliothèque du LaM, Corinne Barbant et la directrice du SCD de Lille 3, Isabelle Westeel, ont eu l’idée de préparer une exposition uniquement centrée, cette fois, sur les graphzines. Leurs institutions ont en effet lancé en 2013 un partenariat visant entre autres à échanger expertises, bonnes pratiques, et à organiser des événements communs.

Les deux commissaires ont donc cherché à dresser un panorama à peu près représentatif de cette expression protéiforme. La BnF, qui possède un fonds créé par Lise Faucherau, a prêté des œuvres, ainsi que les éditions La Chienne et des artistes et collectionneurs à titre individuel.

Certains graphzines sont en vitrine, mais d’autres peuvent être lus en intégralité.

Exposition gratuite du 14 octobre au 17 décembre 2014 dans le hall de la BU, université Lille 3, métro Pont de Bois, Villeneuve d’Ascq.

Horaires d’ouverture : lundi-jeudi 8h30-20h, vendredi 8h30-19h et samedi 9h-12h. (Excepté vacances de la Toussaint : du 27 au 31 octobre, ouverture 9h-18h et fermeture le 1er novembre.)