Portrait de Fabienne Hien, ancienne consultante qui travaille aujourd’hui à Lille 3

Elle a l’habitude, Fabienne Hien. Égrener la petite musique de son parcours est un rituel bien établi chez cette spécialiste des ressources humaines et de la formation. Et il y en a à dire, car elle a commencé tôt. Elle débute à « à 18 ans, par la petite porte ». Embauchée dans l’industrie chimique, elle découvre le quotidien d’une vaste usine, important employeur de l’époque dans le Pas-de-Calais. Elle touche alors un peu à tout, des ateliers de fabrication au relevé du personnel.

En 1984, premier coup de pouce du destin : elle passe aux ressources humaines. L’industrie chimique fait alors largement appel aux intérimaires. Il faut gérer les effectifs, recruter, accompagner des psychologues qui mènent des entretiens avec le personnel. Déjà, Fabienne Hien se préoccupe de son absence de diplôme. Jeune maman, elle se résout à suivre des cours du soir au conservatoire national des arts et métiers.

Puis viennent les plans sociaux. L’usine voit son personnel divisé par trois. Fabienne Hien participe alors à une cellule de reclassement interne. Car à l’époque, on ne licencie pas dans l’industrie chimique. Il faut à tout prix caser ceux-ci dans un autre site, et ceux-là dans des compagnies « amies » comme Rhône-Poulenc. Ou en convaincre d’autres d’embrasser une retraite parfois très anticipée. Mais la cellule ne peut pas tout résoudre. Pour traiter une quinzaine de cas complexes, elle fait appel à un consultant.

Une étape pas vraiment anecdotique dans la vie de Fabienne Hien. Car à force de travailler avec ce consultant, elle finit par démissionner… et l’épouser. Elle ouvre avec lui un cabinet de conseil en gestion de ressources humaines. Car le temps a passé. Elle s’y sent prête, désormais. Formée par un psychologue du travail, elle a manipulé peu à peu tous les outils, tests, méthodes et autres techniques d’entretiens individuels qui aident les salariés à définir leur potentiel. Le cabinet aide les entreprises à anticiper au mieux leurs ressources humaines : comment faire évoluer leurs personnels pour les adapter aux besoins futurs.

Dans les années 1990, l’heure est aussi au bilan de compétences, que la loi vient de créer. C’est tout naturellement que Fabienne Hien fait accréditer son cabinet comme centre de bilans. Au cours de la décennie, ce dernier va compter jusqu’à une dizaine de salariés.

Mais à la fin des années 1990, les choses se gâtent. Le cabinet dépend en partie des ANPE (futurs Pôle Emploi) dont il est prestataire. Paiements aléatoires, retards : le cabinet finit par mettre la clé sous la porte. Mais là aussi, ils avaient anticipé. « On a déposé le bilan avant de boire le bouillon » sourit-elle. La vie n’est pas rose pour autant. Car gérante, elle n’a droit à aucune indemnité de licenciement. « Je crois que c’est important d’être passée par là, pour mon métier d’aujourd’hui » ajoute-t-elle. Elle doit s’appliquer à elle-même les méthodes qu’elle utilisait pour accompagner les autres. Mais bute alors de nouveau sur son absence de diplômes.

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Mais elle s’accroche et finit par obtenir une mission pour le Medef. L’objectif : faire le tour des besoins de main-d’œuvre dans plusieurs branches professionnelles de la région, et placer à chaque fois des jeunes et des demandeurs d’emploi. « Une expérience très enrichissante, raconte-t-elle, qui m’a permis de tisser des liens et de me donner une image nette des évolutions en cours : quels métiers restaient stables, quels étaient en perte de vitesse ou en train d’émerger. »

Pendant ce temps, elle ne perd pas le nord. Le statut « retrouvé » de salarié peut lui permettre d’obtenir, enfin, ce satané diplôme, par le biais d’un congé individuel de formation. Alors, elle anticipe, comme d’habitude, et s’y prépare dès le début de sa mission. À la fin de cette dernière, elle effectue un DESS (l’équivalent d’un master 2) en développement des compétences… à Lille 3. Difficile de décrire la joie d’un adulte qui a l’opportunité rare de reprendre ses études. De se poser et de réfléchir, un peu, à son métier. « Je me suis régalée ! »

La suite ? Elle s’écrit à Lille 3, où elle est embauchée en 2003, pour développer la VAE (validation des acquis de l’expérience).En 2007, elle prend la responsabilité du service universitaire de validation des acquis (SUVAC). Peu à peu, elle élargit la palette d’activités du service, avec la mise en place, en 2013 d’un centre de bilan de compétences, et en essayant de continuer d’apporter sa pierre au vaste chantier de la formation continue dans les universités. Ah, il y aurait tant à dire, et la petite voix calme, nette et joviale à la fois, est bien obligée de s’arrêter.