Les étudiants de la Rose blanche, exécutés pour avoir diffusé des tracts contre Hitler, font l’objet d’une exposition à la bibliothèque universitaire.


Automne 1942. Plusieurs étudiants allemands antinazis rentrent du front russe. Révoltés, ils sont désormais convaincus que les autorités hitlériennes les mènent au désastre. Quand survient quelques mois plus tard la défaite de Stalingrad, qui fera plus de deux cent mille morts dans les rangs allemands, ils pensent alors que la fin de la guerre est proche. Avec d’autres camarades, ils décident d’intensifier leurs actions, couvrant la ville de Munich de tracts et d’inscriptions anti-hitlériennes. Ils espèrent ainsi déclencher un soulèvement populaire. Las, le régime nazi va tenir encore plusieurs années. Le 18 février 1943, après avoir lancé des tracts dans le hall de l’université de Munich, deux étudiants, Sophie Scholl et son frère Hans, se font surprendre et arrêter. Quatre jours plus tard, après un procès expéditif, ils sont guillotinés, avec l’un de leurs camarades. D’autres seront exécutés pendant les mois suivants.

C’est le mouvement de la Rose blanche, nom qui figurait sur leurs tracts et qu’Hans Scholl, étudiant en médecine féru de littérature, avait tiré d’une épopée allemande en vers du XIXe siècle. Avec sa sœur Sophie, il est aujourd’hui en Allemagne une figure analogue à celle de Jean Moulin. Le mouvement fait l’objet d’une exposition gratuite à l’université Lille 3, à Villeneuve d’Ascq. C’est le Learning center sciences humaines et sociales, dont le futur bâtiment va s’élever en lieu et place de la bibliothèque universitaire, qui l’a organisé. Dans ce lieu et cet outil d’un nouveau genre, le public et les étudiants vont pouvoir s’approprier les connaissances produites à l’université, en laissant une large place à la créativité et l’innovation pédagogique.

Le vernissage de l’exposition a eu lieu le 20 janvier 2015. Treize jours après l’attentat de Charlie Hebdo, l’exécution d’hommes pour le seul motif d’avoir exprimé une pensée différente prenait une résonance particulière. Dans son discours, Wolfgang Huber, fils de l’un des protagonistes et historien du mouvement, y fit allusion, dressant un parallèle avec le régime nazi. « Il régnait alors en Allemagne un climat de peur et d’intimidation. Les plaisanteries visant Hitler n’étaient colportées qu’à voix basse et les caricaturistes étaient passés aux oubliettes – l’exacte situation que les auteurs de l’attentat contre Charlie Hebdo voudraient voir revenir. »

L'historien Wolfgang Huber. Son père, professeur de philosophie rédigea avec ses étudiants le dernier tract de la Rose blanche. Il fut exécuté en juillet 1943.

L’historien Wolfgang Huber lors du vernissage. Son père, professeur de philosophie et de psychologie, était membre de la Rose blanche. Il fut exécuté en juillet 1943.

Le Learning center a organisé des visites pour plusieurs classes de lycées et collèges, privés et publics.« Nous sommes là pour qu’une parole universitaire s’adresse au plus grand nombre, souligne Christophe Hugot, de l’université Lille 3, qui a organisé l’exposition. C’est une mission essentielle. » Depuis plusieurs années, le Learning center organise des ateliers d’archéologie-égyptologie dans les lycées et collèges. « Mais c’est la première fois qu’une de nos expositions traite de l’histoire contemporaine », explique Christophe Hugot. Pour que lycéens et collégiens en saisissent les enjeux, il propose aux enseignants de l’introduire par un court documentaire (« Ich bin », André Bossuroy, 2011), ou par un film de fiction (« Sophie Scholl , les derniers jours », Marc Rothemund, 2006, ours d’argent au festival de Berlin).

L’exposition est l’occasion d’apporter des compléments aux programmes scolaires.  « En troisième, nous étudions le nazisme et la résistance en France, indique Frédéric Caron, professeur d’histoire-géographie au collège Jean Moulin à Wattignies . C’est l’occasion de montrer aux élèves que cette dernière existait aussi en Allemagne, un aspect moins approfondi dans les manuels. Mais aussi que ces étudiants pétris de littérature française − Paul Claudel, Georges Bernanos, etc. − préfiguraient  la construction européenne de l’après-guerre. » Dans leurs tracts, ils appelaient en effet à une organisation fédérale de l’Europe. « C‘est impressionnant de voir qu’il y avait des mouvements sur tout le continent européen, remarque une collégienne, songeuse devant l’un des panneaux de l’exposition. La résistance en France, en Allemagne, et des actions en Angleterre, comme dans ce film que j’ai vu récemment sur le déchiffrement des codes secrets. »

L’autre objectif est de briser une paroi de verre. « Nous sommes en ZUP, explique Frédéric Caron. Beaucoup de nos élèves s’imaginent que l’université n’est pas un monde pour eux. Il est très important de montrer au contraire qu’elle leur est ouverte. »  « C’est pourquoi nous voulons les faire venir sur le campus le plus tôt possible dans leur cursus, indique Christophe Hugot, pour les aider à se projeter dans leur avenir. »

L’exposition

L’exposition a été prêtée par la fondation Rose blanche à Munich, avec le concours de l’institut français de Munich, du conseil régional du Nord-Pas de Calais et du Goethe-Institut Lille. C’est la première fois qu’elle est montrée dans une université française. Le Learning center, avec l’aide du traducteur et ancien directeur de l’institut français d’Autriche, Philippe Noble, a conçu des panneaux supplémentaires afin de présenter l’exposition à un public français. Les projections du film ont pu se faire grâce au concours du cinéma de l’université, le Kino-Ciné. Jusqu’au 20 février.

Dans le cadre de l’exposition, Jacqueline Duhem, auteur du livre « Ascq 1944 – un massacre du Nord – une affaire franco-allemande », donnera une conférence intitulée « La résistance et le massacre d’Ascq d’avril 1944 : une relation douloureuse » le mardi 17 février 2015 à 18h (Espace vie étudiante, au rez-de-chaussée de la BU, entrée libre et gratuite).