Les associations ou réseaux d’anciens étudiants sont capitales pour faciliter l’insertion professionnelle à la sortie de l’université. Six intervenants évoquent les meilleures stratégies pour les développer.

Il s’agit du compte-rendu d’une table-ronde le 12 février dernier, organisée par l’équipe du réseau professionnel Lilagora de Lille 3. Les interventions sont résumées et regroupées par thématiques. La vidéo intégrale est disponible ici. Carine Dubois, chargée d’insertion professionnelle à Lille 3, animait la table-ronde.

Anciens étudiants

Avez-vous un sentiment d’appartenance vis-à-vis de l’université ?

Caroline Duthille (ancienne étudiante de Lille3, travaille dans une entreprise d’archivage électronique ) 2015-03-03-13_52_31-La-question-du-développement-du-réseau-des-alumni-dans-les-universités-Web-TV--150x150Je crois que mon lien avec l’université passe avant tout par mes anciens camarades. Mais je me tiens un peu au courant de ce qui se fait au sein de l’UFR. Mon sentiment d’appartenance est surtout vis-à-vis de cette dernière, pas de l’université dans son ensemble.

Nadia Naït Takourout (dans la salle, déléguée territoriale de l’association de la fondation étudiante pour la ville (Afev) et ancienne étudiante de Lille 3) En venant à cette journée, je me suis demandée ce qui me rattache à l’université. Ce sont avant tout les gens, je pense, ceux avec qui j’ai fait du sport, ou avec qui je me suis engagée.

Quelles sont vos attentes vis-à-vis de l’université ?

Caroline Duthille : En entreprise, on n’a souvent pas beaucoup le temps de la réflexion. L’université peut me permettre, dans le domaine où je travaille, de retrouver des communautés d’intérêt. Dans mon entreprise, on m’a aussi déjà demandé si je ne connaîtrais pas des étudiants qui pourraient venir faire des stages, etc.

millot-150x150Baptiste Massot (AlumnForce, solution web de réseau social professionnel privé destinée aux écoles, universités) Les anciens cherchent à recruter quelqu’un de mêmes formation et compétences. Dans les réseaux sociaux que nous mettons en place, l’élément le plus consulté est l’espace carrières (les offres d’emploi réservées au réseau, les banques de CV, et le coaching − avis d’un senior, besoin d’une formation complémentaire ou de l’expertise d’un enseignant). Puis viennent dans l’ordre : l’annuaire, les groupes thématiques (pour ceux qui sont à l’étranger et ont besoin de garder contact avec la France, notamment), l’événementiel (revoir ses anciens camarades, job dating, dîners, etc.)

Étudiants actuels : qu’attendent-ils des anciens ?

2015-03-03-13_58_52-La-question-du-développement-du-réseau-des-alumni-dans-les-universités-Web-TV--150x150Mégane Delmarre (étudiante en psychologie sociale à Lille 3) De rencontrer ceux qui ont le même parcours que moi : où ont-ils ont trouvé des stages, comment ils ont été pris en M2, comment envoyer son CV à bon escient et développer son réseau professionnel, etc. Le premier contact avec le milieu professionnel lors des stages est parfois un peu brutal, donc c’est bien pour nous de pouvoir en discuter et anticiper. Et d’avoir un éclairage de professionnels sur ce qu’on apprend à l’université.

2015-03-03-13_48_15-La-question-du-développement-du-réseau-des-alumni-dans-les-universités-Web-TV--150x150Bénédicte El Kaladi (responsable administrative, UFR Langues étrangères appliquées) : Les témoignages d’anciens rassurent les étudiants. Ils montrent que d’autre métiers sont possibles, qu’après une formation en traduction spécialisée multilingue, par exemple, on ne devient pas obligatoirement traducteur indépendant.

Enseignants : quelles actions vers les anciens ?

besin-150x150Christophe Besin (gestionnaire pédagogique, département Infocom, Lille 3) : Nous sommes présents sur les différents réseaux sociaux Facebook, Twitter, Viadeo, etc. et nous organisons des événements.

Bénédicte El Kaladi Nous organisons des conférences professionnelles, des petits-déjeuners, et des journées alumni pendant les journées portes ouvertes de l’université. Nous avons aussi décidé de placer la cérémonie de remise de diplôme six mois après la fin de ce dernier. Car c’est un moment privilégié pour reprendre contact, noter les adresses personnelles, etc. Les anciens ont parfois une certaine nostalgie de l’université. Lors des rencontres, ils sont souvent déçus de ne pas voir les enseignants qu’ils ont eu. C’est pourquoi il est important que ces derniers soient là.

Christophe Besin Pour être admis dans notre formation les étudiants passent un entretien. Nous nous efforçons qu’il se déroule à chaque fois non seulement face à un enseignant mais aussi face à un ancien étudiant de la formation.

Le sentiment d’appartenance, d’attachement est souvent plus fort dans les grandes écoles. Comment le renforcer à l’université ?

2015-03-04-16_24_14-La-question-du-développement-du-réseau-des-alumni-dans-les-universités-Web-TV--150x150Émilie Marmonier (enseignante, IUT de Tourcoing –Lille 3) Il faut développer cette culture. Bien sûr, nous avons moins de moyens : dans les grandes écoles, les associations d’anciens sont souvent financés par les anciens, et autonomes par rapport aux établissements. En outre, en DUT et licence pro, nous ne sommes pas en général la dernière étape du cursus (les étudiants continuent souvent en master). C’est plus difficile pour crééer un sentiment d’appartenance que lorsqu’on a passé cinq ans au même endroit, dans une école. Une autre difficulté est que les étudiants n’ont parfois pas les codes pour le contact avec les anciens. Nous devons leur montrer tout de suite l’importance du réseau et des contacts avec les anciens. En fait, il faudrait un poste à plein temps pour s’en occuper.

Baptiste Massot L’implication financière est importante. Pratiquement toutes les écoles font payer une adhésion. Il existe des forfaits qui permettent une adhésion à vie au réseau d’anciens, proposée dès l’inscription des étudiants, de manière quasi-automatique. Les universités peuvent proposer à certains anciens d’être ambassadeur de la formation, en leur faisant passer un entretien et signer un contrat en bonne et due forme. Dès le début, il faut prévoir comment pérenniser l’organisation du réseau.

Bénédicte El Kaladi. Nous faisons organiser les événements par des étudiants. Ils développent en général un lien plus fort avec nous, et sont plus faciles à mobiliser par la suite.

Baptiste Massot Paris-Dauphine organise des rencontres sportives entre étudiants et anciens. Mais attention, créer des réseaux sociaux d’anciens pour les associations de l’université n’a d’intérêt que s’ils peuvent être pérennisés.

Émilie Marmonier Il faut garder le contact, et montrer que la formation n’est pas restée figée comme dans le souvenir des anciens, mais qu’elle évolue.

Comment impliquer les enseignants ?

Une enseignante (dans la salle) J’ai suivi un master pro à Dijon. Il y avait une volonté forte de créer un sentiment d’appartenance dès l’arrivée aux masters. Sans spécialement de moyens, un groupe Facebook tout simple, mais les enseignants étaient impliqués et c’était efficace.

Émilie Marmonier : Le retour d’expérience des anciens est important pour eux, cela donne du sens à leur travail. Il faut qu’ils aient, eux aussi, un sentiment fort d’appartenance à la formation. Aujourd’hui, les actions reposent encore sur la motivation de quelques-uns, mais cela va se développer de plus en plus, et devenir naturel.

Baptiste Massot Les mentalités ont beaucoup évolué dans les universités. Il y a longtemps, une enseignante que j’avais rencontrée ne voulait pas que ses étudiants, qu’elle estimaient immatures, rencontrent les anciens.

Comment développer un réseau d’anciens ?

Baptiste Massot On a vu des bonnes pratiques. Par exemple, avoir un local pour le réseau, avec des permanences. Cela permet de le faire connaître, non seulement des étudiants, mais aussi des enseignants. Le taux d’adhésion est alors beaucoup plus fort. Publier des affiches dans les UFR, services, etc. fonctionne bien également. Les cérémonies de remise des diplômes sont importantes. Il faut agir sur les jeunes diplômés, parce qu’ils peuvent aider à organiser le réseau d’anciens. Les établissements leur fournissent parfois un guide pour les aider à prendre contact avec les anciens étudiants, en leur expliquant la manière d’échanger avec le milieu professionnel.

Évidemment, les anciens étudiants qui ont un emploi s’éloignent. Mais on peut leur proposer de déposer des offres d’emploi privées, pour un réseau d’anciens et de diplômés bien ciblés. Ils aiment aussi souvent intervenir dans les cours, pour livrer leur expérience. Un autre moment-clé pour intervenir est celui, de plus en plus fréquent, où des professionnels anciens étudiants se reconvertissent et reprennent leurs études. Dernier point, les retraités, à ne pas négliger : ils ont du temps, sont preneurs de rencontres, d’événements.

Michel Naud (dans la salle, Paris 1) Avoir un local est difficile quand le campus est très éclaté, comme c’est le cas à Paris 1. On appartient d’abord à l’UFR, pas à l’université.

Baptiste Massot Il est important que les universités veillent à ce que leurs diplômes soient clairs et lisibles à l’extérieur.

Quel est le coût de la mise en place d’un réseau ?

Baptiste Massot C’est très variable, selon l’échelle (université ou UFR, etc.), l’état d’avancement (si on a un réseau de 800 anciens déjà constitué, par exemple) ou les contraintes techniques (faut-il créer une interface avec le logiciel de gestion des stages à l’université). De toute manière, pour que le projet réussisse, il faut absolument de prévoir des personnes pour gérer la plateforme (personnel, étudiants, anciens).

Quelle infrastructure technique pour ces réseaux ?

Émilie Marmonier Vis-à-vis de la technique, des réseaux sociaux, etc. il y a parfois un fossé culturel entre les jeunes enseignants et les autres, avec les premiers complètement décomplexés à une extrémité, et les seconds qui peuvent aller jusqu’à la résistance très forte. Avoir recours à la formation continue serait sans doute utile.

Dans la salle Les étudiants sont souvent réticents à utiliser Facebook. Soit parce qu’ils estiment que ce n’est pas « pro », ou à cause de la perte de contrôle sur les données personnelles.

Dans la salle Je ne suis pas sûre que les étudiants acceptent comme « amis » Facebook leurs enseignants, ou les responsables de formation. Ils ne veulent pas avoir l’œil de Moscou !

Baptiste Massot Avoir confiance dans une plate-forme est très important pour accepter de confier des données personnelles. C’est le cas de celle d’une université.

Baptiste Massot On a constaté que les universités utilisaient beaucoup plus les applications et sites mobile que les grandes écoles. Les applications mobiles sont demandées car plus pratiques.

Michel Naud Le mobile est très important. Les étudiants l’utilisent pour noter, conserver des informations, il faut étudier leurs pratiques.

Nathalie Caouder (dans la salle, université de Valenciennes) L’inscription doit être très rapide, facile, on ne doit pas avoir à remplir des formulaires. On met un CV, et on extrait automatiquement les données.

Baptiste Massot C’est pourquoi on essaie d’être complémentaires des grands réseaux, pour que les utilisateurs puissent importer automatiquement leurs CV de Linkedin, Viadeo, etc.

Michel Naud L’intéropérabilité de nos réseaux avec les autres est essentielle.