Vous les avez sûrement remarquées : de grandes machines vertes, dans le hall des bâtiments A et B, qui proposent un chewing-gum pour dix centimes. Vous vous êtes sûrement arrêtés devant, un peu perplexes. « Pourquoi est-ce que j’achèterai UN chewing-gum ? Et puis ça fait un peu cher, non ? » Alors à moins d’une urgence sanitaire buccale, pas question de s’y attarder…

Eh bien détrompez-vous ! Il y a tellement de raisons de ralentir et d’acheter un chewing-gum à cette borne que ça donnerait presque le tournis. La plus évidente : utiliser les centimes qui s’accumulent et traînent dans son portefeuille, la poche d’un jean, un vide-poche… C’est d’ailleurs en voyant que les gens ne prenaient même pas la peine de se pencher pour ramasser les pièces d’un ou deux centimes dans la rue, qu’un jeune étudiant, Benjamin Dupays, en a eu l’idée. Car le gâchis est colossal. « Frapper une pièce d’un centime en coûte quatre, explique Benjamin Dupays. Or l’État est contraint de fabriquer plus d’un milliard de pièces rouges tous les ans. » Notamment parce qu’une grande partie de cette menue monnaie disparaît de la circulation. Éviter la production inutile de nouvelles pièces, en voilà une bonne raison d’utiliser ses bornes !

C’est ce qui a convaincu Benjamin Dupays, âgé alors d’à peine vingt ans, de lancer son entreprise, Centimeo. Quatre ans plus tard, sa start-up est bien implantée avec 320 bornes rien qu’en Île-de-France. Il récolte douze tonnes de pièces par an. Ce qui permet à l’État d’économiser les 75 000 euros qu’il aurait dépensé à refrapper ces pièces perdues. Car Centimeo réinjecte ces dernières dans le circuit monétaire. L’entreprise les revend en effet aux commerçants de proximité à un prix intéressant (d’habitude, les commerces doivent acheter la « petite mitraille » (la monnaie en argot) auprès de banques, ce qui leur revient plus cher).

Une borne Centimeo

Une borne Centimeo

Dans un premier temps, Benjamin Dupays a fait construire ses bornes en Inde, pour des raisons de coût. Mais dès que les finances de Centimeo l’ont permis, il a fait rapatrier la production en France. « Le contraire des entreprises qui délocalisent pour faire des économies », remarque-t-il. Il crée des emplois en France et 5 % des bénéfices sont reversés à une association locale. À Lille 3, c’est So’Lille qui a été choisie, une association étudiante qui vient en aide aux personnes en situation de handicap. Utiliser les bornes Centiméo est donc aussi une action citoyenne et solidaire.

Et demain ? Benjamin envisage de créer de nouvelles bornes qui distribueraient des cookies. Ils seraient, bien sûr, produits localement et se (bio)dégraderaient dans nos estomacs, pour notre plus grand plaisir.

L’économie circulaire est un mode de production qui vise à limiter le gaspillage des matières premières et des énergies non-renouvelables. Ce mouvement s’inscrit dans une logique de développement durable. L’idée est de créer des « boucles vertueuses ». Centimeo en est l’exemple parfait : on évite le gaspillage des pièces rouges en vendant des chewing-gum. Avec l’argent engrangé, on crée des emplois pour construire plus de bornes qui permettront plus de bénéfices. De plus, ce sont des producteurs locaux qui fabriquent les chewing-gum, ce qui en diminue les coûts de distribution. Enfin, les chewing-gum sont biodégradables et ne s’accumulent donc pas dans l’environnement.