Qu’il y a-t-il dans le fonds néerlandais arrivé au printemps à la bibliothèque universitaire ? Tour d’horizon avec Serge Polge, stagiaire néerlandophone à la BU.

Accueilli à la bibliothèque universitaire au printemps 2014 en provenance de l’Institut néerlandais de Paris, le fonds néerlandais comporte environ 9000 ouvrages de littérature des XIXe, et surtout XXe et XXIe siècles.

Jeunesse

Le fonds comprend 1500 livres de littérature de jeunesse (enfants et adolescents). On y trouve les grands noms de la littérature de jeunesse néerlandophone tels que Dick Bruna (le créateur de Miffy, une lapine créée en 1955 au succès international), Max Velthuis, Joke van Leeuwen, Bart Moeyaert ou encore Ted Lieshout, ainsi que les albums d’illustrateurs célèbres aux Pays-Bas comme Thé Tjong-Khing, Carll Cneut ou Sieb Posthuma. On y trouve aussi, parmi d’autres petits trésors, quelques éditions originales illustrées datant du début des années 1950 de poèmes pour enfants d’Annie M.G. Schmidt, avec lesquels des générations de Néerlandais ont grandi. Ces ouvrages intéresseront nombre d’enseignants et d’étudiants, la littérature de jeunesse faisant l’objet de nombreux modules d’enseignement à Lille 3, tout comme ceux qui débutent l’apprentissage du néerlandais.

Le rayon néerlandais de la section jeunesse (au 2e étage de la BU).

Le rayon néerlandais de la section jeunesse (au 2e étage de la BU).

Signalons également la présence dans le fonds de quelques bandes dessinées adultes, parmi lesquelles les célèbres adaptations d’œuvres majeures de la littérature néerlandaise sous la forme de romans graphiques par Dick Matena.

Littérature contemporaine, polar, théâtre, poésie

Ce fonds offre un panorama très riche de la production littéraire néerlandaise et flamande contemporaine, y compris la plus récente. L’Institut néerlandais parisien a eu visiblement le souci d’acquérir les parutions les plus actuelles et significatives. Certains grands auteurs contemporains y sont représentés de manière très complète, y compris en édition traduite (près de 200 romans sont disponibles en traduction française). Les « Trois Grands » de la littérature néerlandaise d’après-guerre que sont Gerard Reve, Willem Fredrik Hermans et Harry Mulisch, auxquels il convient d’ajouter Hella S. Haasse, grande personnalité des lettres néerlandaises disparue en 2011. Mais également des auteurs plus récents et en activité tels que Tom Lanoye, Anna Enquist, Cees Nooteboom, Remco Campert ou encore Arnon Grunberg (accueilli en février 2014 à Lille 3).

Le roman policier de Pieter Aspe (« Dood tij », La mort à marée basse en français)

Le roman policier de Pieter Aspe (« Dood tij », La mort à marée basse en français)

Les amateurs de littérature policière vont pouvoir se faire une idée précise du renouveau du « polar flamand », porté par des auteurs comme Jef Geeraerts ou Pieter Aspe, et découvrir, si ce n’est déjà fait, les romans de Saskia Noort, nouvelle reine du polar néerlandais.

Le fonds comporte également des ouvrages de théâtre, ainsi qu’une part non négligeable de nouvelles, genre littéraire particulièrement prisé aux Pays-Bas (Herman Koch, Anna Enquist, Jan Brokken ou Kader Abdolah, par exemple). Avec plus de 250 ouvrages, le fonds de poésie est également très riche.

Pour les chercheurs, des thématiques actuelles

Colonie et décolonisation. On y trouve les oeuvres d’auteurs « classiques » tels que Multatuli (auteur du célèbre Max Havelaar paru en 1860, qui a donné son nom à l’organisation de commerce équitable), Louis Couperus, Maria Dermoût ou Hella S. Haasse, mais aussi d’auteurs comme Tjalie Robinson, Jeroen Brouwers, Adriaan van Dis, Rudy Kousbroeck, Rob Nieuwenhuys ou Eveline Stoel. Tous ont traité à leur manière des questions liées à la période coloniale et post-coloniale des « Indes néerlandaises ». Également représentées dans le fonds, la littérature écrite en néerlandais du Suriname (Amérique du sud) ou de Curaçao (Antilles), ainsi que celle liée à l’Afrique du sud, à travers des auteurs comme David van Reybrouck, Ariëlla Kornmehl ou Henk van Woerden, ou à travers de vastes anthologies de textes et de poèmes. Quelques ouvrages sur le Congo belge, même si ce n’est pas un thème majeur de la littérature flamande, sont également présents.

Immigration. Autre axe, IMG_1458 remarquable, la forte représentation de ce qu’il est convenu d’appeler « littérature des migrants » (migrantenliteratuur). Ce terme apparu à partir des années 1990 désigne, par-delà les aspects problématiques d’une telle catégorisation, la production littéraire d’auteurs issus de l’immigration, que ce soit pour des raisons économiques ou politiques, et qui ont fait le choix d’écrire en néerlandais. Kader Abdolah, Abdelkader Benali, Yasmine Allas, Naima El Bezaz, Lulu Wang, Hafid Bouazza et bien d’autres : autant d’auteurs, jeunes pour la plupart, qui ont contribué à enrichir les lettres néerlandaises de nouvelles thématiques (l’exil, la migration, la société multiculturelle).

D’autres grands thèmes de la littérature néerlandophone parcourent le fonds, comme par exemple le retour sur la seconde guerre mondiale, le voyage (vous pourrez notamment admirer quelques ouvrages richement illustrés) ou encore… la France, et particulièrement Paris ! Oui, beaucoup d’artistes et écrivains néerlandais ont vécu dans notre pays, et vous pourrez lire les œuvres qu’ils lui ont consacrées, sous la forme de petits articles, de récits autobiographiques ou de grandes œuvres de fiction ayant pour cadre la France et sa capitale. C’est là l’une des spécificités de ce fonds hérité de l’Institut néerlandais de Paris : l’attention portée aux questions interculturelles.

Texte de Serge Polge, stagiaire de la licence professionnelle « Ressources documentaires et bases de données ». Il a travaillé sur la mise en valeur du fonds néerlandais.

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