Du 26 au 28 août, l’université accueille le forum des jeunes engagés. Deux étudiants témoignent de leur expérience.

La philo dans les quartiers

Elle a plongé dans le grand bain. Étudiante en philosophie, Manon Warembourg marrainait déjà une petite fille togolaise dans une autre association. L’université ayant mis en place une nouvelle unité d’enseignement valorisant l’engagement associatif, elle décide de s’y inscrire. C’est là qu’elle entend parler de l’Afev. « L’idée m’a tout de suite plu. »

L’association la charge de s’occuper d’une petite fille, Lina, dans une famille de quatre enfants. À l’heure de les rencontrer pour la première fois, l’étudiante est un peu déstabilisée. La petite fille, elle, sait bien comment cela se passe. Elle a déjà bénéficié d’un bénévole l’année précédente, et n’a qu’un mot à la bouche : la piscine, où ses parents ne l’amènent pas et qu’elle a abondamment fréquentée l’année précédente avec la bénévole. « Mais je ne voyais pas trop l’intérêt d’aller sans arrêt à la piscine. Alors j’ai décidé de faire ce que moi je pensais pouvoir lui apporter. » Elle l’emmène au musée, ce qui enthousiasme la petite fille. « On a loué une tablette numérique, ce qu’elle a beaucoup apprécié. On a aussi pris des photos, qu’elle a voulu montrer à tout le monde. Des semaines plus tard, elle me parlait encore des tableaux que nous avions vus ensemble. »

Lina n’est pas spécialement demandeuse de soutien scolaire, ses résultats sont plutôt corrects. « Mais comme elle suivait un double cursus − école publique et école arabe privée −, son emploi du temps était chargé : elle avait parfois besoin d’aide. » Manon Warembourg rassure aussi les parents, qui ne comprennent pas toujours les messages et appréciations des enseignants.

Manon Warembourg

Manon Warembourg

Elle l’emmène aussi à la bibliothèque de Lille-Sud. Chaque semaine, elles commencent à y lire des livres ensemble, puis la petite fille emprunte ces derniers, ainsi que des DVD. « Il y avait dix minutes de marche pour aller à la bibliothèque, et c’était un moment agréable pour toutes les deux. Je sentais qu’elle décompressait. » Il faut dire que chez la petite fille, tout n’est pas si simple. Manon Warembourg comprend en effet que le frère et une des sœurs de Lina sont sourds, et que son autre sœur, en bas âge, est malentendante.

Mais progressivement, l’étudiante apprend à communiquer avec eux, en parlant plus lentement pour qu’ils puissent lire sur ses lèvres. Et pour finir l’année, accède à la demande générale : emmener seule les trois plus grands… à la piscine ! « Je n’avais pas du tout l’habitude de m’occuper de plusieurs enfants, dont certains sourds, donc j’avais un peu d’appréhension. Mais finalement, cela a été une expérience assez incroyable. »

Elle voit la petite fille s’épanouir au cours de l’année. La fierté de celle-ci est visible, par exemple, lorsqu’elle apprend à son frère et à sa sœur comment prendre le métro. Entre la famille et l’étudiante, des liens se sont tissés. Lorsqu’elle annonce qu’elle va déménager, ils lui demandent qui va l’aider. Elle leur répond que ses parents, qui ne vivent pas dans le Nord, vont monter lui donner un coup de main. Mais le père de la petite fille s’en indigne presque : « non, ils n’ont pas besoin de monter, c’est nous qui allons t’aider ! »

L’expérience a marqué l’étudiante.« C’est une enfant que je n’aurais probablement jamais eu l’occasion de rencontrer sinon. Tout cela m’a portée, à la fois dans ma vie d’étudiante et dans ma vie personnelle. Cela m’a donné confiance en moi. À l’université, finalement, nous n’avons un retour sur nos actions que deux fois dans l’année, durant les examens. Alors qu’avec Lina, toutes les semaines je me disais : qu’est-ce que je vais lui faire faire, cette fois-ci ? Avoir quelqu’un en face était très stimulant. » L’année écoulée résonne également avec son propre cursus. « En philosophie, on nous apprend à nous interroger, à penser les notions d’éthique ou de responsabilité. J’ai trouvé que cela avait beaucoup de sens que cette action citoyenne soit reconnue par l’université. » Suite à son année, elle pense désormais travailler ou s’investir fortement dans le milieu associatif, sans doute auprès d’enfants. Et apprendre la langue des signes !

Un étranger chez d’autres étrangers

La tâche était plutôt ardue. Arrivé depuis seulement trois ans en France, un étudiant vietnamien en psychologie, Truong N’Guyen Tu, s’inscrit à l’Afev. « C’était une façon pour moi de découvrir la France » L’association lui propose de s’occuper d’un enfant Rom. Le premier contact est plutôt glacial. Les parents se demandent ce que cet étranger au français parfois hésitant vient faire avec leur fils.

Mais l’étudiant, tenace, s’accroche. Peu à peu, il gagne leur confiance. « J’ai cherché quel était le talent de leur fils, son point fort. » Chanter ne l’intéresse pas, dessiner non plus, et regarder des films l’ennuie. « Par contre, je me suis aperçu qu’il aimait bien le théâtre, les marionnettes, jouer la comédie… et la géométrie. » L’étudiant s’appuie sur ces goûts pour lui proposer diverses activités. Il emmène le petit garçon dans les maisons Folies, au Forum des sciences et à l’Opéra de Lille. « Souvent j’ai découvert ces lieux en même temps que lui. » Lui qui ne connaissait rien de la communauté Rom est frappé par les liens très forts qu’entretiennent ses membres, consolidés par d’impressionnantes fêtes.

L’étudiant compte bien recommencer cette année à suivre le petit garçon. « Je voudrais me mettre à ce que je n’ai pas eu vraiment le temps de faire cette année, lui donner des cours de français. »