Sous nos pieds, une vénérable et imposante machinerie entreprend de réguler la température et la qualité de l’air de la bibliothèque universitaire. Visite guidée.

L’entrée est au parking. En bas d’un escalier, on découvre une vaste salle de béton, teintée d’orange et remplie de tuyaux. C’est Anne Morenvillé, conservateur au service commun de la documentation, qui fait la visite. Elle aime, dit-elle, arpenter les moindres recoins de cette mini-ville que constitue la bibliothèque. Elle explique que l’eau chaude vient de la chaudière du quartier Pont de Bois, située en face de l’université, boulevard de l’Ouest. Très acide parce que traitée, cette eau ne peut pénétrer directement dans le circuit de chauffage de la bibliothèque (et de toute l’université). Car elle serait beaucoup trop corrosive pour les canalisations. Elle sert donc à chauffer l’eau des radiateurs de la bibliothèque, et son air.

Il faut deux circuits. L’un pour les bureaux, salles de lecture, etc. et l’autre pour le magasin. C’est dans ce dernier que sont stockés la plupart des livres, et en particulier ceux qui sont fragiles. Ceux-ci demandent en effet un traitement à part : des filtres spéciaux, qui ne filtrent pas seulement les pollens et les grosses poussières de l’air, mais arrêtent aussi les spores et les moisissures. L’enjeu est de taille : les livres n’aiment pas le changement. Toute variation brutale des conditions a tendance à faire germer les champignons et autres moisissures, dramatiques pour le papier. Sans compter la dilatation ou contraction des fibres de ce dernier, qui les abîme, ou encore l’acidité, particulièrement néfaste pour de nombreux papiers. Bref, il faut viser entre 18 et 20°C, et un taux d’humidité de 45 à 55 %, et s’y tenir.

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Mais ce n’est pas si simple. Chaque livre stocke un peu d’humidité dans ses pages. Et ceux-ci sont si nombreux qu’au total, elle peut représenter plus de 80 tonnes d’eau environ pour tout le magasin. Or quand la température monte, les livres transpirent. Une humidité qu’il va falloir évacuer. Construite il y a environ quarante ans, la chaufferie n’a pas de déshumidificateurs directement intégrés au circuit de chauffage, mais la bibliothèque en a depuis installé dans le magasin.

L’idéal serait de confiner totalement les livres (en ne leur fournissant que de l’air recyclé − et brassé, parce que l’air stagnant est propice au développement des moisissures.) Mais quid des personnels qui travaillent dans le magasin de la bibliothèque ? Il leur faut, évidemment, un peu d’air frais. Qu’on n’injecte dans les locaux que la nuit, où l’air dans le magasin est le plus propre. Le système de ventilation est réglé pour que la pression atmosphérique dans le magasin soit légèrement plus élevée que celle de l’air extérieur, de façon à éviter d’en faire entrer dès que quelqu’un ouvre les portes.

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  • Cette chaufferie (plus précisément « sous-station de ventilation-chauffage ») n’est pas la seule, il y en a… douze autres dans toute l’université (à Pont de Bois).
Il y l'air qui est injecté dans la bibliothèque, et l'air qui en ressort.

Il y a l’air qui est injecté dans la bibliothèque, et l’air qui en ressort.

Un des filtres

Un des filtres

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