Futur-e-s étudiant-e-s et parents se sont pressés, ce week-end, dans les halls de l’université : compte-rendu.

Catherine Lenain, la responsable du service universitaire d’accueil, d’information et d’orientation (SUAIO), est soulagée. La configuration cette année l’inquiétait un peu : pratiquement tous les établissements de la métropole lilloise ouvraient leurs portes le même jour, faisant craindre un éparpillement des visiteurs. Mais les futur-e-s étudiant-e-s et leurs parents se sont organisés et ont bravé la pluie battante : les halls de l’université, ce samedi 30 janvier, étaient combles. Accueillis par un café, orientés par des étudiants vers les différents stands, ils ont pu s’informer, en plus des formations elles-mêmes, sur les services et les dispositifs qui vont accompagner leur vie d’étudiant. Les visites guidées du campus de Pont-de-Bois, n’ont pas désempli malgré la météo. Petit indicateur préliminaire de la fréquentation, le nombre de plaquettes distribuées est stable par rapport à l’année dernière.

Devant son stand, un étudiant coiffé d’un masque rouge joue du ukulélé. Pour attirer le chaland ? « Oui !, explique le jeune homme, guitariste rock à ses heures, pour qu’ils viennent découvrir notre filière, les lettres classiques ! Professionnellement, on n’a pas de problèmes de débouchés : on manque de profs de latin et de grec. Et c’est une formation humaniste, l’apprentissage de l’esprit, celle qu’ont suivi Victor Hugo, et beaucoup de grands hommes ! »

Les enseignants-chercheurs ne chôment pas. L’un d’eux décode pour une étudiante et sa mère, les différentes licences de sociologie des universités lilloises. « Ici, on propose plusieurs parcours souvent couplés avec d’autres matières : socio/histoire, sociologie quantitative − là, attention, il ne faut pas faire d’allergie aux maths. Moi je m’occupe d’un parcours de philosophie et sociologie. Vous aimez la philo ? » « Euh… » « Il faut vraiment faire des choses qui vous plaisent, pas aller dans une filière en traînant les pieds, sur les conseils de tel ou tel. » Si elle est pressée de travailler, elle peut aussi opter pour une formation plus courte, comme un DUT. « Mais attention, devenir éducatrice spécialisée en banlieue à vingt ans, par exemple, il faut être solide ! »

La maman en vient à la question rituelle. « Je voudrais savoir quels sont les débouchés » « Je ne vais pas vous raconter d’histoire : aujourd’hui pour trouver du travail, il vaut mieux faire un master. » « Mais qu’est-ce qu’on fait avec de la sociologie » « Et bien on peut être… responsable d’une maison de retraite ! » « Quoi ? » « Oui, oui, on a une parcours Gestion des organismes sociaux, dans un des masters, qui peut mener à ça. Mais il y a plein d’autres choses, comme être chargé-e de projet pour des collectivités locales, par exemple pour enquêter sur des projets urbains, ou travailler dans le domaine de la politique de la ville, etc. »

Futurs métiers : en parler avec les professionnels

Les journées portes ouvertes étaient aussi l’occasion de s’entretenir avec des professionnel-le-s, en s’inscrivant au speed-dating des métiers (organisé par le BAIP). Ophélie Hugot, responsable de l’événementiel à la ville d’Arras, a fait ses études à l’Université de Lille − sciences humaines et sociales. Elle pointe l’importance qu’a eu pour elle l’engagement associatif. « Quand j’étais étudiante, j’étais présidente d’une association culturelle. Je m’y suis beaucoup investie, on a organisé des soirées, des expos, et tout ça m’a beaucoup servi ensuite pour être recrutée. »

Myriam Noël, neuropsychologue, vient informer sur les cursus et les métiers en psychologie. « Je dis à ceux qui viennent de bacs littéraires qu’il y aura beaucoup de biologie, aux bacs scientifiques qu’il faut un bon niveau d’anglais », explique-t-elle. Sur les métiers, les visiteurs ont souvent des idées reçues : je serai analysé-e, je passerai mon temps à écouter des personnes sur un divan, il n’y a pas de débouchés… « Si, il y en a, mais ce ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Et il est fréquent qu’on cumule des temps partiels, donc il faut s’y préparer. »

L’université, à tout âge

Inscrite au speed-dating, une psychologue salariée depuis une quinzaine d’années, souhaite se reconvertir. « Je suis d’origine allemande, en France depuis vingt-cinq ans et je parle assez bien l’anglais. » Son interlocuteur, le traducteur-adaptateur indépendant Benjamin Lob, comprend bien la situation : lui aussi s’était reconverti. Pour l’instant, elle prépare le niveau C2, en formation continue à l’université. Visiblement, c’est un bon point : « La plupart des étudiants qui s’inscrivent en licence n’ont que le niveau A ou B » explique Benjamin Lob.

Il présente le master où il enseigne, et les différents types de traducteur : celui qui s’occupe des textes techniques, et les autres, les adaptateurs qui travaillent pour la télévision ou le cinéma (sous-titrage, doublage, etc.) « Attention, en doublage, on travaille la plupart du temps pour des séries ou des téléfilms, pas pour le cinéma. Moi, en ce moment, je traduis NCIS. » Et traducteur-rice littéraire ? « Je l’ai fait, c’est passionnant, mais c’est très compliqué d’en vivre. » Et le travail, justement, vous en avez ?« J’ai du boulot à ne plus savoir qu’en faire ! Mais attention. C’est un secteur où tout se passe très vite, sans aucune trace écrite. Je suis payé en droit d’auteur, je ne suis pas salarié. Il y a des boîtes sérieuses, et d’autres moins : il faut faire attention quand on débute. »