Jérôme Vaillant est professeur émérite de civilisation allemande contemporaine.

Dans les Ardennes, il est de tradition d’apprendre l’allemand, la « langue de l’ennemi ». Une langue qui va devenir pour le jeune Jérôme Vaillant, celle de la réconciliation. Car son père a fait la guerre de 14, comme artilleur, et en reviendra marqué à jamais. « L’enfant jeté aux bêtes » selon le titre d’un livre que ce dernier écrira sur son expérience, communique à son fils la conviction que l’Allemagne et la France doivent s’entendre. Très jeune, Jérôme Vaillant a un correspondant allemand. Ses propres goûts et les événements de sa vie feront le reste.

Après un passage à Paris (lycée Louis-le-Grand et Sorbonne), il devient à vingt ans assistant de français dans un lycée de Cologne, ville dans laquelle il vit toujours, une partie de l’année. Car c’est là qu’il rejoint sa future femme, Allemande et professeur de maths-physique dans un lycée de la ville. Il y commence une carrière universitaire, devenant lecteur à l’Institut français, puis à l’Institut d’études romanes. Il s’intéresse d’abord à l’après-guerre, avec l’étude du Groupe 47, un mouvement d’écrivains allemands qui va insuffler un vent de renouveau à la littérature germanophone. Il consacre sa thèse à leur journal Der Ruf, et c’est là plutôt déjà en historien et spécialiste de la civilisation allemande qu’il analyse ce groupe très particulier, formé par d’anciens prisonniers de guerre détenus aux États-unis.

C’est aussi à ce moment-là qu’il commence à collaborer à une revue qui aura un rôle majeur dans sa carrière, Allemagne(s) d’aujourd’hui. Ce sont ses articles dans la revue qui lui permettent de se faire connaître, notamment auprès des enseignants en études germaniques de Lille 3, qui l’élisent en leur sein en 1974 alors qu’il recherche un nouveau poste suite à la fin de son contrat de lecteur à Cologne. Il devient alors « un grand navetteur. » entre ses engagements universitaires en France et sa résidence en Allemagne. Lille 3 étrenne alors ses nouveaux bâtiments de Villeneuve d’Ascq. « C’était un nouveau départ dans une université neuve. J’ai beaucoup aimé cette époque »

Ses thèmes de recherche, au départ plutôt tournés vers la politique culturelle dans l’Allemagne occupée après la seconde guerre mondiale, s’élargissent à l’histoire du pays pendant l’après-guerre et aux sciences politiques. « Je me suis orienté vers l’étude du fédéralisme, qui est à mon sens l’une des grandes forces de l’Allemagne » Il étudie les systèmes politiques de RDA, de RFA, puis, tournant majeur, la réunification du pays en 1990, tout comme les relations franco-allemandes et la construction européenne.

Il est alors à l’université de Valenciennes (il y deviendra professeur en 1988). Il y occupera diverses responsabilités, à la tête d’un département, d’une faculté et d’un centre de recherches. Puis, vingt ans après son arrivée, il quitte Valenciennes pour un poste de professeur à Lille 3. « Je crois que j’avais fait un peu le tour. En outre, l’étude de l’allemand était en perte de vitesse en France, et je voyais bien que les forces allaient se recentrer sur la plus grande université qu’est Lille 3 » La mondialisation qui renforce la prééminence de l’anglais, la concurrence de l’espagnol et d’autres facteurs expliquent cette désaffection chez les élèves et leurs parents.

Sitôt arrivé en septembre 2000, la présidence de l’université lui demande de prendre la direction des presses universitaires du Septentrion (PUS), qu’il connaissait en partie, siégeant au conseil d’administration. Il accepte, et c’est le début d’une aventure de quatorze ans. Il y essuiera, un an à peine après son arrivée, une crise (de grosses pertes qui mettent en péril la structure). Avec l’équipe et la présidence, il réussit à faire repartir les PUS du bon pied, assainissant les finances, notamment grâce à un doublement du nombre de titres paraissant chaque année. Il gère aussi l’arrivée de plus en plus massive des nouvelles technologies dans le monde éditorial. Il développe l’édition en sciences sociales et les collaborations entre universités. « C’est une expérience importante dans ma vie, et riche : il y a vraiment de quoi en faire un livre ! »

Retraité en 2014, il continue d’animer la revue Allemagne(s) d’aujourd’hui, et d’écrire, tout en collaborant à la presse en ligne et en étant membre du bureau du comité franco-allemand des historiens. « Je travaille moins qu’avant ma retraite, mais l’équilibre de mes activités aujourd’hui me satisfait. ».

Les aléas des disponibilités des uns et des autres ont permis dans le cas de Jérôme Vaillant de conduire un entretien un peu plus long que prévu initialement. C’est pourquoi le portrait est présenté dans cette version, et non dans celle, abrégée, qui est parue dans le livret.