Représentante du Nord et du Pas-de-Calais à la finale nationale du concours Ma thèse en 180 secondes, Julie Rivière revient sur cette expérience.

L’objectif du concours Ma thèse en 180 s est de « permettre à des doctorants de présenter leur sujet de recherche en termes simples à un auditoire profane et diversifié. Chaque participant doit faire, en trois minutes, un exposé clair, concis et néanmoins convaincant sur son projet de recherche, avec l’appui d’une seule diapositive. » Pour cela, les candidats rivalisent de métaphores, analogies et humour pour expliquer au commun des mortels les titres souvent très complexes de leurs sujets de recherche.

Doctorante dans le laboratoire Psitec, primée par ses pairs (voir plus bas), Julie Rivière a été sélectionnée comme représentante de notre région à la finale du concours Ma thèse en 180 secondes. Pour y participer, elle a bénéficié de la formation du Collège doctoral, qui lui a permis de s’essayer à cet art oratoire d’un nouveau genre qui n’est pas sans nous rappeler les conférences TED.

C’est votre première expérience de médiation scientifique, aviez-vous déjà réfléchi à la question de la transmission des connaissances au grand public?

Pas vraiment, mais je me suis rendue compte en le faisant à quel point c’était important. En participant à MT180, on est le public de toutes les autres présentations. Cela m’a interpellée de me rendre compte qu’en trois minutes, on a le temps d’apprendre beaucoup de choses sur des sujets hyper pointus et variés. Des thèmes abordés par mes collègues, il n’y en a aucun qui au final ne m’ait pas intéressée, alors qu’au premier abord, sur la base de leur intitulé, je n’étais pas sûre de l’être. Après l’effort de vulgarisation, tout devient intéressant, en fait.

Comme tous les doctorants, expliquer ce que je fais autour de moi n’est jamais simple. Mais depuis cet entraînement à MT180, j’ai développé quelques automatismes, des phrases qui parlent au plus grand nombre. Cette préparation m’a permis de me demander comment intéresser les gens à mes recherches, et surtout comment expliquer les choses de manière claire et concise. Cette expérience a changé ma façon d’en parler. Je ne le faisais certainement pas assez avant. Mes parents, par exemple, en regardant ma présentation à MT180 ont mieux compris ce que je faisais en dépit de tout ce que j’avais pu leur expliquer au préalable. Ça m’a donné envie de le faire plus. Ma directrice de thèse, Céline Douilliez, m’a fait prendre conscience que ça fait partie prenante du travail du chercheur (elle anime des cinés-psycho ou des conférences grand public).

Cette expérience m’a donné envie de m’investir dans des actions de médiation scientifique, pas seulement pour transmettre au grand public, mais aussi parce que cela change notre regard sur nos propres recherches. Il y a un vrai intérêt à avoir ce regard extérieur : on peut rester bloqué sur ses idées, sur quelque chose de très précis et on en perd parfois le sens global des choses. De tels échanges nous permettent de prendre du recul, et j’en ai fait l’expérience à cette occasion. Cela nous fait sortir de la logique propre à notre discipline, de certains automatismes. Cela permet de croiser les approches, ça favorise l’interdisciplinarité en quelque sorte.

Comment en êtes-vous arrivée à préparer le concours et comment se prépare-t-on à cet exercice ?

On doit valider des crédits dans le cadre de notre formation doctorale et on donc a un catalogue de séminaires dans lequel on peut choisir en fonction de nos intérêts. J’avais entendu parler du concours, mais ce qui m’attirait c’était surtout d’apprendre à vulgariser. Une doctorante de mon labo qui avait suivi ce séminaire l’année précédente, m’a encouragé. J’ai suivi deux jours de formation au Collège doctoral avec deux intervenants aux approches complémentaires, sur le fond et sur la forme, c’était très bien fait.

« Préparer une conférence
me semble maintenant
beaucoup plus facile. »

Cela m’a aussi permis de travailler la prise de parole en public de manière générale. Préparer une conférence pour un congrès me semble maintenant vraiment facile. On ne peut vraiment pas se tromper sur un mot, car on n’a pas du tout le temps de se reprendre, on est vraiment à la seconde près, et du coup, ça enlève beaucoup de pression pour la suite.

N’avez-vous pas eu des cas de conscience, avec le sentiment de devoir simplifier à outrance votre sujet?

En trois minutes, je ne pouvais aborder que deux concepts sur les trois qui composent ma thèse. J’ai choisi les deux concepts majeurs : le perfectionnisme et la rumination, en essayant de faire comprendre au plus grand nombre et de la manière la plus simple possible. Par exemple, la rumination, c’est se prendre la tête et c’est tout, au final c’est simplement ça. Après, il y a plein de points techniques et de modèles théoriques derrière, mais en gros, c’est ça. Et même en simplifiant, j’ai réussi à mettre des définitions exactes. Je dis que la rumination c’est se prendre la tête, mais je dis aussi que c’est se centrer sur les évènements négatifs, les inquiétudes, ce qui est la vraie définition. J’ai essayé de ne pas simplifier à outrance et de garder la terminologie scientifique. Par exemple, pour le perfectionnisme, le fait de se centrer sur des standards très élevés et d’être critique, c’est une vraie définition théorique que j’ai simplifiée en disant que c’était être hyper-exigeant.

J’ai plutôt omis des aspects que simplifié

Je voulais quelque chose d’un peu humoristique pour susciter l’intérêt, mais je ne voulais pas trop simplifier. Plutôt que simplifier, j’ai surtout omis des aspects de mon étude. Par exemple, le lien entre ces processus psychologiques, comment ça s’agence et se construit. Je m’intéresse aussi à l’impact du genre, ce qui n’apparaît pas du tout dans ma présentation. Par exemple, il y a une prévalence chez les femmes de l’anorexie, ou de la boulimie. J’avais au départ rajouté des crapauds dans mon histoire de grenouilles, mais on n’y comprenait plus rien ! J’ai donc laissé de côté cet aspect de mon travail.

Quant à ma directrice de thèse, elle m’a tout de suite suivie et approuvée. Au départ entre les deux premières sessions de formation, je lui avait parlé de mon histoire de fable pour avoir son avis, et elle a adhéré à l’idée dans la mesure où je me sentais à l’aise avec cette façon de présenter les choses. Elle n’a pas trouvé cela particulièrement simpliste.

Voir la revue de presse de la CPU sur l’édition 2016 de MT180

Les formations du Collège doctoral:

Entraînement à Ma thèse en 180 secondes (voir p.62 du Catalogue des formations doctorales professionnelles proposées par le Collège Doctoral): obligation de participer aux pré-sélections du concours régional.

Atelier Transmission des connaissances scientifiques (voir p.58 du Catalogue des formations doctorales professionnelles proposées par le Collège Doctoral)

Julie Rivière est lauréate du 2e prix au concours Jeune chercheur de l’association française de thérapies comportementales et cognitives, en décembre 2015.

Ce concours s’inspire de Three minute thesis (3MT®), conçu à l’Université du Queensland en Australie. Il a été lancé initialement dans sa version francophone au Québec par l’Association francophone pour le savoir (Acfas) en 2012 et est arrivé en France en 2014 par le biais du CNRS et de la Conférence des Présidents d’Université qui le co-organisent.