À l’occasion des journées européennes du patrimoine, des doctorant-e-s ont expliqué leur sujet de thèse de manière ludique aux étudiants.

Démystifier la thèse, montrer que les sujets de la recherche sont accessibles à tout un chacun : tel était l’objectif de la journée européenne des doctorants, organisée conjointement par l’université, l’école doctorale sciences de l’homme et de la société Lille Nord de France et l’association Espace doctorants, (voir le comité d’organisation ainsi que le programme). Postés dans le hall du bâtiment A, face à un flot d’étudiants qui ne leur prêtait au départ pas beaucoup d’attention, ils sont descendus dans l’arène. Présentation de quelques-uns d’entre eux :

La mythologie en légos

Il virevolte, Cyrille Ballaguy, face aux étudiants et devant un assemblage de légos soigneusement disposés. Il prépare sa thèse sur la médiation des œuvres mythologiques dans les musées de la région. (voir son passage à la finale régionale du concours ma thèse en 180 secondes en 2015, où il a obtenu le prix du jury). Il sait bien que les peintures ou sculptures classiques où intervient la mythologie peuvent introduire une certaine distance vis-à-vis du public, notamment jeune, parce qu’il manque un vocabulaire, une habitude, des codes pour apprécier un art d’une autre époque. D’où l’idée de s’affranchir de ceux-ci en recourant à des objets triviaux ou clairement rattachés à l’enfance comme les légos. Et de faire feu de tout bois, démultipliant la médiation partout où elle peut se produire. Il s’essaie ainsi à une chaîne Youtube, intervient dans des cafés, commente des expositions, publie un blog où il met notamment en ligne les fiches qu’il écrit sur les œuvres des musées, et anime des ateliers dans les écoles.

L’humanisme à la Révolution

Ariane Fichtl

Ariane Fichtl

Devant une grande affiche à la typographie soignée, se tient Ariane Fichtl qui fait sa thèse en co-tutelle avec l’université d’Augsbourg en Bavière et l’Université de Lille − sciences humaines et sociales. Sa thèse porte sur la culture politique de Robespierre, et notamment l’évolution pendant la Révolution française de la référence à la République antique. Devant l’affiche, elle évoque le fonds culturel dans lequel a baigné l’humanisme européen, et en particulier le cosmopolitisme. Elle prend l’exemple d’Alexandre le grand, qui en vient, au fil de la formation de son grand empire à ne plus penser en termes de nation ou d’ethnicité, et qui finit par prendre à rebours sa propre culture macédonienne, en introduisant de nouveaux rites et en épousant une princesse indienne. Elle évoque aussi le syncrétisme de son successeur Ptolémée, qui pour asseoir sa domination sur l’Égypte, crée Sarapis, nouveau dieu qui réunit des caractères de l’Asclépios grec, l’Osiris égyptien, etc. Le cosmopolitisme dans l’Antiquité, s’incarne aussi des écoles philosophiques qui connectent Romains et Grecs, hommes et femmes, ou encore dans l’idéal qui préside à la création de la bibliothèque d’Alexandrie. À l’époque des Lumières, la pensée du cosmopolitisme se détourne des religions, facteurs d’intolérance. « Elles y font en quelque sorte leur retour avec le pape actuel, explique Ariane Fichtl, qui incarne une forme de cosmopolitisme. »

L’étranger chez la comptesse de Ségur

Élise Wolf-Mandroux

Élise Wolf-Mandroux

Autre ancienne du concours Ma thèse en 180 secondes, Élise Wolf-Mandroux, présente sa thèse en littérature sur la comtesse de Ségur, préparée à l’université d’Artois. Deux étudiantes s’avancent devant elle, et elle leur demande : « Vous savez qui est la comtesse de Ségur ?

— Bien sûr !

— Qu’est-ce que vous connaissez d’elle ?

— Euh… elle était assez stricte, non ?

— Oui, c’est vrai, elle était puritaine, mais en fait pas tant que ça, elle avait même des côtés féministes. Est-ce que vous connaissez son origine ?

— Non…

— Elle était russe ! Et il y a un autre point fondamental, qui a changé à jamais sa vie. Sa mère était catholique, et non seulement catholique, mais prosélyte, c’est-à-dire qu’elle essayait de convertir tout le monde autour de soi, ce qui était très mal vu dans la Russie d’alors, orthodoxe et peu ouverte aux autres religions du christianisme. Mais elle a fini par convertir sa fille, la future comtesse, quand celle-ci avait seize ans. Ce qui a tout changé. Car une fois catholique, on ne pouvait plus la marier en Russie. »

Et la doctorante d’expliquer que le père de la comtesse, homme très influent, était gouverneur de Moscou durant la tentative de conquête de la Russie par Napoléon. Considéré comme le principal responsable de l’incendie de la ville en 1812 destinée à retarder l’avancée des troupes françaises, il doit s’exiler temporairement, et arrive avec sa famille à Paris. C’est là qu’il marie sa fille au comte de Ségur. Et quand la famille de celle-ci repart, la jeune comtesse reste en France. Dès lors, elle va devenir plus française que russe. D’où un rapport très particulier avec l’étranger…

Rapport qu’Élise Wolf-Mandroux continue d’explorer devant les étudiantes avec des cartes à jouer reproduisant les gravures de personnages étrangers dans les livres de la comtesse, « souvent hauts en couleur, parfois un peu ridicules. », les passages des textes les concernant, et leurs noms. Les étudiantes sont chargées de réattribuer le bon passage à la reproduction et au nom de chaque personnage.

Conférence à la bibliothèque universitaire centrale

Conférence à la bibliothèque universitaire centrale

Ailleurs, à la bibliothèque universitaire centrale, conférences et interventions se sont succédées, ainsi qu’un dialogue avec les professionnels de la documentation.

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