Alors que la saison culturelle à l’université bat son plein, retour sur la programmation avec la directrice d’Action culture.

La porte s’ouvre sur un professeur du lycée Le Corbusier. Il ressort du bureau de Dominique Lefèvre, directrice d’Action culture. « On travaille avec eux pour transformer l’entrée de la galerie des 3 lacs, explique celle-ci, avec peut-être des lettres ou quelque chose en relief, et sans doute un changement de nom qui sera soumis au vote des étudiants et personnels. » Les élèves du lycée travaillent depuis plusieurs années avec l’université. Ils ont fabriqué la réplique d’un char de la première guerre mondiale exposé à l’université à l’automne 2014, et plus récemment celle d’une fontaine antique et d’un sarcophage pour une exposition.

L’université est en plein dans la première partie de la saison, de septembre à décembre, dédiée à une programmation nourrie, qui cible tout particulièrement les étudiants. « On essaie de les mettre en appétit, explique Dominique Lefèvre. On n’est pas sur un plan pédagogique, on s’adresse plutôt à leur cœur et à leurs tripes ! Susciter une émotion, provoquer une réaction, quelle qu’elle soit. »

Après, de janvier à juin, la saison se tourne surtout vers les pratiques artistiques, de qualité, des étudiants. Rendez-vous incontournable, le festival inter-universitaire du spectacle vivant, 32e édition, aura lieu en mai. Action culture continue également l’opération « Starter » avec le pôle arts plastiques de l’université, qui vise à les confronter au versant professionnel du marché de l’art. Les étudiants de 3e année de licence exposent leurs travaux à la galerie des 3 lacs. Puis, après sélection par un comité, l’un-e d’elles-d’eux, peut présenter des œuvres à Art Up, la foire internationale d’art contemporain à Lille Grand Palais.

Étudiants : les coups de cœur d’Action culture

« De temps en temps, nous croisons la route d’étudiantes ou d’étudiants dont on estime qu’ils ont du talent, un quelque chose qu’il leur faut développer. Donc nous leur proposons de les accompagner sur un petit bout de leur chemin. » C’est le cas de Pierre Rodriguez, un étudiant en sciences de l’éducation, qui mêle piano, chant et guitare (son concert a eu lieu le 20 octobre). C’est aussi le cas des étudiants qui suivent l’unité d’enseignement sur les performances artistiques (UE10). « Il s’agit de leur mettre le pied à l’étrier, explique Dominique Lefèvre, en leur permettant de gérer de A à Z le projet complexe qu’est une exposition : concevoir l’accrochage, rédiger les cartels et plus généralement réfléchir à comment ils souhaitent présenter leur œuvre au public. » Corentin Charlet, dont l’exposition faite de collages et de photomontages de tableaux classiques, Jacqueline and the flowers est présentée depuis début septembre dans le hall du bâtiment A, en est un exemple. « Nous essayons d’être à la fois très exigeants et bienveillants » indique Dominique Lefèvre.

Le compagnonnage avec les étudiants se poursuit parfois sur plusieurs années. C’est le cas d’une ancienne étudiante en histoire de l’art de l’université, devenue graphiste à Reims, dont l’exposition se tiendra sur le campus Pont de bois à partir du 21 novembre. Fascinée par les cathédrales, Julia Finance les photographie sous des angles inhabituels, couchée dans la nef ou ailleurs, mettant en valeur leur immensité et la lumière qui en modèle l’espace. C’est tout naturellement sous les grandes verrières de l’extension, à l’extrémité du bâtiment A, que les clichés seront exposés, sous les coursives et sur de grandes bâches suspendues. Une étudiante en musicologie jouera du bayan, cet accordéon de concert russe, ce qui devrait restituer un peu de la sonorité d’une cathédrale. « Inventer des accrochages, faire résonner les œuvres avec les espaces, est un des plaisirs du métier. » raconte Dominique Lefèvre.

C’est ce que peut offrir l’université aux artistes : des lieux où expérimenter, sans les contraintes commerciales de la galerie. C’est le sens d’un échange avec la galerie lilloise New Square Gallery, qui peut ainsi se permettre de mettre en valeur des œuvres un peu plus discrètes sur les murs des campus. Ce qui ne veut pas dire que l’opération soit blanche pour les artistes venant à l’université, loin de là. « Quand l’artiste et marionnettiste Patryk Chwastek est venu en résidence à l’université à l’automne 2014, il a vendu toutes les œuvres qu’il avait apportées. » souligne Dominique Lefèvre.

Les résidences d’artistes

Depuis plusieurs années, l’université accueille en effet plusieurs artistes en résidence. Ils viennent pour une durée assez longue, entre un mois et quinze jours, de façon à programmer des interventions ou des ateliers dans un grand nombre de formations et de services de l’université. Artiste connue internationalement, Dorothée Selz s’est beaucoup plu l’année dernière à travailler avec les étudiants en arts plastiques de l’université, les personnels du Crous et les élèves du lycée Le Corbusier pour construire une sculture spatialo-comestible. Cette année, la cinéaste, photographe et dessinatrice Claire Angelini, qui sera en résidence jusqu’au 24 novembre à l’université, interviendra dans diverses formations (voir la page créée spécialement pour l’occasion, où elle relate ces séances).

Encres, mythes et carnaval.
Acta est fabula − Maël Nozahic

Acta est fabula − Maël Nozahic

En outre, comme les autres établissements de la région, l’université accueille un artiste en résidence « artiste rencontre territoire universitaire » (Artu). Il s’agit cette fois d’une Bretonne, Maël Nozahic, qui travaille avec des encres colorées, en aquarelle, et explore les mythes, le carnaval, les masques… Elle revendique le figuratif, tout en se plaçant dans l’art contemporain. « C’est très très bien » , raconte Dominique Lefèvre. Il y a quatre ans, l’université avait organisé le baptême de Krampus, enfant des mère et père Fouettard, un géant s’enracinant dans les traditions nordistes revisitées par des artistes. À cette occasion, une délégation de busó, créatures du carnaval de la ville de Mohács dans le sud de la Hongrie, était venue assister à cette cérémonie un peu particulière.Ils sont revenus cette fois-ci lors du vernissage le 9 novembre, « pour confronter leurs monstres folkloriques à ceux travaillés par Maël Nozahic pour ses créations. » indique Dominique Lefèvre. Des hyènes plutôt menaçantes ont également établi leur tanière dans la galerie des 3 lacs, tandis qu’un étudiant en musicologie a joué une courte pièce de Debussy à la flûte, sur un autre personnage à l’apparence monstrueuse, le dieu Pan de la mythologie grecque.

Un visiteur

Un visiteur de l’exposition

L’artiste va rencontrer diverses filières, en arts plastiques, en langues étrangères (tchèque, polonais, etc.) sans doute aussi en psychologie (sur les peurs, notamment, auxquelles ces monstres renvoient). Quant aux étudiants en lettres modernes, il est question qu’ils rédigent un texte sur ces thèmes ou en choisissent un. Ces extraits seraient ensuite repris sous forme de carte postale. « Avec l’imprimerie de l’université, nous essayons de produire à chaque fois des traces de ces résidences pour les artistes, des livrets mais aussi des créations graphiques sous différents formats. »

L’université accueillera aussi Charles Pennequin, un ancien gendarme et personnage à part entière, qui « geule sa poésie dans toutes sortes d’endroits, parfois à travers un mégaphone », et qui dessine aussi. Il va rester une semaine et animera des atelier d’écriture et de poésie dans la galerie des 3 lacs.

Il y a aussi une belle résidence en janvier de Veronika Richterová, une artiste tchèque qui travaille le plastique pour crééer des lustres et des œuvres étonnantes. « Elle sublime un matériau banal, comme d’autres le feraient du verre » indique Dominique Lefèvre, faisant écho à l’artisanat traditionnel de son pays. L’idée en est venue grâce à une enseignante-chercheuse de l’université, Kristyna Matysova.

La culture à l’initiative des enseignants

Cette année, plusieurs enseignants-chercheurs ont soufflé des idées et quelques noms d’artistes. C’est le cas par exemple de Thomas Dutoit du laboratoire centre d’études en civilisations, langues et littératures étrangères (CECILLE), qui a suggéré un concert avec le chanteur et guitariste américain Paul Doffing, donné le 21 septembre. Georgette Dal, co-responsable du master d’interprétariat en langue des signes française a proposé un concert de chant-signe, qui met en gestes à la fois les paroles, le rythme et la mélodie d’une chanson, par une compagnie d’anciens étudiants, les Mains baladeuses.

D’autres sont impliqués eux-mêmes dans les œuvres qu’ils ont proposées. L’historienne Mélanie Traversier et le comédien Thomas Cousseau feront le 29 novembre une lecture théâtralisée d’un texte tiré d’une correspondance inédite de Jean-Jacques Rousseau à une inconnue. Ce spectacle a été créé cet été pour le festival de la correspondance à Grignan (Drôme). Quant à Anne-Frédérique Bourget, enseignante en arts de la scène, elle a suggéré le spectacle qu’elle a mis en scène pour sa compagnie, Maskentête, présenté à Avignon dans le festival off, et assure un atelier de pratique théâtrale.

La pratique artistique dans les ateliers

Tout au long de l’année, l’université organise des ateliers de pratique artistique pour les étudiants et les personnels. « Nous tenons à ce qu’ils soient assurés par des professionnels » Outre la « Chorale pour rigoler » qui rencontre toujours un franc succès, il y aura à partir de janvier 2017, suite à de nombreuses demandes, du théâtre japonais (nô, théâtre traditionnel et le butō, danse contemporaine sur un rythme lent) par un « un très bon acteur » nippon, et co-financé avec l’Université de Lille − sciences et technologies.

La mutualisation au sein de l’Université de Lille a d’ailleurs largement commencé. « Nous nous coordonnons désormais beaucoup avec les deux autres universités lilloises », en profitant notamment du fait que l’Université de Lille − droit et santé dispose d’un lieu central et facile d’accès : l’Antre-2. On le sait peu, mais les ateliers de cet établissement sont ouverts à tous les étudiants et personnels de l’Université de Lille.

Concerts et grands rendez-vous

Le partenariat avec la compagnie Gospel on you se poursuit. « C’est un concert de gospel vers Noël (le 15 décembre) qui marche très bien, et clôt la première partie de saison » rappelle Dominique Lefèvre. De la même manière, l’orchestre universitaire de Lille, dirigé par un étudiant en musicologie, se produira − « on le voit monter de plus en plus en qualité depuis deux-trois ans, c’est un très bel ensemble » Ils donneront une sorte de concert du nouvel an, courant janvier. Il y aura aussi, comme l’année dernière, un concert de l’orchestre national de Lille (onl) réservé aux étudiants de l’Université de Lille.

En 2017, devrait se tenir au Kino, un spectacle de la Comédie française. Il s’agit de Comme une pierre qui roule… qui se déroulera au Kino (avec un financement de l’Université de Lille − droit et santé).

Les partenariats

« La région nous a incité à nouer des collaborations avec les structures qu’elle a en charge, et nous sommes très contents de la relation que nous avons avec le lycée Le Corbusier. » De la même manière, le partenariat avec la ville de Villeneuve d’Ascq se manifeste notamment par l’accueil chaque année de la troupe lauréate du festival inter-universitaire du spectacle de vivant, en même temps que la journée de clôture de la saison culturelle.« Nos événements s’adressent à tout le monde : un grand nombre de nos spectateurs et visiteurs viennent de l’extérieur. » précise Dominique Lefèvre.

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