L’université lance un cours en ligne (un Mooc) pour que les étudiantes et étudiants du monde entier puissent se préparer à un important examen de français. Il démarre le 20 février 2017.

Pour la plupart des étudiants étrangers qui souhaitent s’inscrire à un diplôme en France, il faut un sésame quasi-obligatoire : l’obtention d’un diplôme d’étude en langue française (Delf) de niveau B2 (au minimum). Dans la métropole lilloise, le centre d’examen est la Comue, mais il en existe partout dans le monde, dans les alliances et instituts français. Pour s’y préparer, les formations ne sont pas toujours facilement accessibles, voire coûteuses, ou tout simplement n’existent pas. Beaucoup d’étudiants des pays étrangers sont donc en demande de ressources disponibles sur Internet. C’est pourquoi l’Université de Lille − sciences humaines et sociales vient de lancer un cours en ligne ouvert à tous (en anglais massive open online course [Mooc]) sur le sujet, DéfiDELF.

En effet, le département de l’enseignement du français à l’international (Defi) de l’université dispense des cours de français langue étrangère (Fle : destiné aux non-francophones), de différents niveaux. Beaucoup de ces étudiants passent également en parallèle le Delf. Or depuis plusieurs années, des enseignants de langues de l’université développent avec la direction des usages du numérique (Dune) de nombreuses ressources pour l’apprentissage (dont une « boîte à outils », Legolang, pour que les enseignant-e-s puissent concevoir de manière autonome leurs cours numériques). En Fle, ils avaient ainsi mis au point avec l’université du Littoral des modules en ligne pour se préparer à l’examen du Delf (Certif’Langues ; niveau B1 et B2), ainsi que d’autres pour qu’ils s’entraînent à la compréhension orale (ActuFLE), en s’appuyant notamment notamment sur des extraits de reportages vidéos. L’université ouverte des humanités (UOH), une plate-forme nationale de ressources pédagogiques numériques, avait financé les deux projets, et les avait diffusés sur son portail.

Puis, au printemps 2016, l’UOH leur suggère d’aller plus loin, et de combiner les deux pour créer un Mooc. L’idée était de s’appuyer sur ces différentes briques pour concevoir un vrai cours, qui planifie la progression des étudiants pour les amener au niveau B2. Intéressée, l’équipe commence d’abord par en peser soigneusement les implications. « Diffuser le savoir gratuitement, est-ce une des missions d’une université, ou doit-elle se concentrer sur ses propres étudiants ?, s’interroge l’une des conceptrices du Mooc, Martine Eisenbeis, enseignante au Defi. Mais un Mooc fait connaître à l’étranger le savoir-faire de l’université, et nous avions le sentiment que nous pouvions offrir quelque chose d’un peu différent de ce qui existait. » L’autre question est de savoir comment juger le succès d’un Mooc. « Si seulement 5 % des étudiants vont jusqu’au bout, est-ce qu’il a rempli ses objectifs ? » souligne Nassim Motebassem, l’autre conceptrice du Mooc également enseignante au Defi. Pas question, donc, de se focaliser sur le seul nombre d’inscrits.

En général, les éléments disponibles sur un Mooc sont assez basiques : des vidéos, des QCM et des forums. Or les modules d’ActuFLE et de Certif’langues sortaient de ce cadre, en particulier parce qu’ils proposent des questions ouvertes (plutôt que les seuls QCM), et parce qu’ils invitent fréquemment l’étudiant à s’auto-évaluer. De plus, l’optique choisie par l’équipe est un peu différente. « Nous voulons qu’une communauté d’apprenants puisse vraiment se constituer autour du cours » explique Nassim Motebassem. Pour cela, l’équipe souhaitait expérimenter d’autres outils, comme partager un glossaire et une carte mentale (plutôt que de simples listes de mots de vocabulaire autour d’un thème, l’étudiant peut les organiser au moyen d’un diagramme), avec un véritable espace où les étudiants puissent collaborer.

Déroulement

Capture écran du Mooc DéfiDELF

Capture écran du Mooc DéfiDELF

Le cours comprend sept modules, un par semaine. Il commence par un préalable indispensable : faire prendre conscience à l’étudiant que pour passer le niveau B2, il faut évidemment maîtriser celui d’en dessous, le B1. Le premier module reproduit donc un examen en B1, chronométré. Libre à l’étudiant qui l’aurait raté de continuer ensuite, à ses risques et périls. Ensuite, chaque module est consacré à l’une des quatre compétences testées à l’examen du niveau B2 (être capable de comprendre un texte en français et d’en rédiger, de comprendre un interlocuteur et de lui parler.) Chaque semaine est consacrée à un sujet de société au programme du Delf (travail dominical, alimentation bio, égalité hommes/femmes, etc.), exploré à travers reportages vidéo, articles de presses, fiches lexicales, etc.

Mais comment fait-on pour l’oral ? C’est un cours en ligne : impossible de mobiliser des dizaines d’intervenants pour évaluer ce que va produire l’étudiant. La quasi-totalité des Mooc ne disposent pas de tuteurs sur leurs différents forums. D’une part, parce que cela a un coût, et que les Mooc ne génèrent pas de recettes, puisqu’ils sont gratuits. D’autre part parce qu’il est difficile de prévoir le nombre de tuteurs qu’il faudra recruter, si on ne connaît pas à l’avance le nombre d’inscrits. Sans parler des difficultés techniques.

Pour DéfiDelf, l’équipe tenait à assurer une présence humaine minimum, afin de modérer les forums et surtout de donner des conseils méthodologiques. Il y aura donc des tuteurs et des tutrices, étudiant-e-s en master 2. Mais « l’assistance, les étudiants la trouveront d’abord auprès de leurs camarades, qui témoigneront de ce qui leur fait faire des progrès. » explique Nassim Motebassem. D’où la volonté de fournir les outils pour les inciter à collaborer. Il s’agit, en s’appuyant sur les autres, confrontés aux mêmes problématiques, d’apprendre à s’auto-évaluer, et à identifier les méthodes d’apprentissage qui fonctionnent pour soi-même, et amènent une progression concrète.

Conséquence de cette autonomie, la nécessité de bien en délimiter le cadre. C’est pourquoi un soin tout particulier a été apporté à la formulation des consignes. Les tutrices et tuteurs ont testé le Mooc, ainsi que des étudiants étrangers. En outre, afin que les étudiants mènent l’évaluation des travaux de leurs camarades avec toute la bienveillance et la rigueur nécessaire, l’équipe a élaboré une charte. Enfin, pour que les inscrits se sentent impliqués, l’équipe a tourné des vidéos avec des étudiant-e-s en Fle un peu plus expérimenté-e-s. Ils incarnent en quelque sorte des modèles à suivre, et exposent les consignes à suivre de manière vivante. « Ce Mooc est le résultat d’un travail d’équipe entre les enseignantes, les étudiants de master qui y ont participé, et surtout les personnels de la Dune, particulièrement impliqués. », explique Martine Eisenbeis.

Afin de diffuser ce Mooc dans le monde entier, l’équipe a largement mobilisé son réseau : alliances et instituts français, anciens étudiants, collègues enseignants, associations, etc. Techniquement, la plate-forme ne peut accueillir plus de cinq mille inscrits. Pour l’instant, ils sont environ 1400, originaires du monde entier : Mexique, Inde, Vietnam, Maghreb, Espagne, Pologne, Italie, Brésil, etc. Une certaine souplesse sera autorisée pour que les retardataires puissent s’inscrire un peu après le commencement du Mooc.

Le projet

Inscriptions : du 19 décembre 2016 au 12 février 2017. Déroulement du cours : du 20 février au 9 avril 2017. L’équipe envisage de faire une seconde session en janvier 2018.

Un étudiant en master 2 a été recruté spécifiquement pour le projet en tant qu’ingénieur pédagogique.

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